Riyad al-SalihinAn-Nawawi

Je commençai donc, chaque fois que je sortais parmi les gens après le départ du Messager d’Allah ﷺ, à me tourmenter de ne trouver pour moi aucun modèle (1), si ce n’est un homme stigmatisé pour son hypocrisie (2) ou quelqu’un qu’Allah, le Très-Haut, avait dispensé [de l’expédition] parmi les faibles.

Le Messager d’Allah ﷺ ne fit aucune mention de moi avant d’arriver à Tabûk. Alors qu’il était assis au milieu des siens à Tabûk, il dit : « Qu’en est-il de Kaʿb b. Mâlik ? » Un homme des Banû Salama répondit : « Ô Messager d’Allah, ses deux manteaux et la complaisance avec laquelle il s’admire les épaules (3) l’ont retenu. » Muʿâdh b. Jabal, qu’Allah l’agrée, s’exclama : « Quelle mauvaise parole ! Par Allah, ô Messager d’Allah, nous ne connaissons de lui que du bien. » Le Messager d’Allah ﷺ se tut alors.

Tandis qu’il était encore dans cette situation, il aperçut un homme tout de blanc vêtu (4) dont la silhouette faisait disparaître le miroitement du désert. Le Messager d’Allah ﷺ dit : « Puisse-ce être Abû Khaythama ! » Et c’était effectivement Abû Khaythama al-Ansârî – celui qui avait offert un sâʿ de dattes lorsque les hypocrites s’en étaient moqués de lui (5).

Kaʿb poursuit : Lorsque j’appris que le Messager d’Allah ﷺ avait pris le chemin du retour depuis Tabûk, mon angoisse me saisit. Je me mis à envisager le mensonge et me disais : « Par quel moyen échapperai-je demain à sa colère ? » Je consultai à ce sujet toute personne de bon conseil parmi les miens. Mais lorsqu’on annonça : « Le Messager d’Allah ﷺ est sur le point d’arriver », toute idée fallacieuse s’évanouit de mon esprit, et je compris que je n’échapperais (6) jamais à la situation. Je me résolus donc à dire la vérité (7).

Le Messager d’Allah ﷺ arriva au matin. Lorsqu’il revenait de voyage, il commençait toujours par la mosquée : il y accomplissait deux unités de prière puis s’asseyait pour recevoir les gens. Quand il eut fait cela, ceux qui étaient restés en arrière (8) vinrent se confondre en excuses et lui jurèrent leurs bonnes intentions,

(1) Autrement dit : un modèle, ou quelqu’un de semblable dont je puisse suivre l’exemple. (2) C’est-à-dire : décrié pour sa pratique religieuse, soupçonné de nifaq (hypocrisie) ; certains expliquent : méprisé – on dit « ghamastu fulanan » lorsque l’on rabaisse quelqu’un. (3) Autrement dit : ses deux flancs ; l’expression sert de métaphore à l’orgueil et à la vanité. (4) Autrement dit : vêtu de blanc ; le sarâb désigne le mirage que l’on aperçoit dans les plaines brûlantes, semblable à de l’eau. (5) Autrement dit : ils l’ont critiqué et dénigré en disant : « Dieu n’a que faire du sâʿ (mesure) de celui-ci ». Qâfilan signifie : de retour ; al-bath désigne une peine profonde. (6) Les éditions imprimées portent « lam anju », mais la bonne leçon, confirmée par le manuscrit et les deux Ṣaḥîḥ, est différente. (7) Autrement dit : je m’y suis fermement décidé. (8) C’est-à-dire : ceux qui avaient refusé de l’accompagner lors de l’expédition de Tabouk.
فَطَفِقْتُ إِذَا خَرَجْتُ فِي النَّاسِ بَعْدَ خُرُوجِ رَسُولِ اللَّهِ ﷺ يَحْزُنُنِي أَنِّي لَا أَرَى لِي أُسْوَةً (١)، إِلَّا رَجُلًا مَغْمُوصًا عَلَيْهِ فِي النِّفَاقِ (٢)، أَوْ رَجُلًا مِمَّنْ عَذَرَ اللَّهُ تَعَالَى مِنَ الضُّعَفَاءِ، وَلَمْ يَذْكُرْنِي رَسُولُ اللَّهِ ﷺ حَتَّى بَلَغَ تَبُوكَ، فَقَالَ وَهُوَ جَالِسٌ فِي الْقَوْمِ بِتَبُوكَ: «مَا فَعَلَ كَعْبُ بْنُ مَالِكٍ؟» فَقَالَ رَجُلٌ مِنْ بَنِي سَلَمَةَ: يَا رَسُولَ اللَّهِ حَبَسَهُ بُرْدَاهُ وَالنَّظَرُ فِي عِطْفَيْهِ (٣). فَقَالَ لَهُ مُعَاذُ بْنُ جَبَلٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ: بِئْسَ مَا قُلْتَ! وَاللَّهِ يَا رَسُولَ اللَّهِ مَا عَلِمْنَا عَلَيْهِ إِلَّا خَيْرًا، فَسَكَتَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ. فَبَيْنَا هُوَ عَلَى ذَلِكَ رَأَى رَجُلًا مُبِيضًا (٤) يَزُولُ بِهِ السَّرَابُ، فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «كُنْ أَبَا خَيْثَمَةَ»، فَإِذَا هُوَ أَبُو خَيْثَمَةَ الْأَنْصَارِيُّ - وَهُوَ الَّذِي تَصَدَّقَ بِصَاعِ التَّمْرِ حِينَ لَمَزَهُ الْمُنَافِقُونَ (٥). قَالَ كَعْبٌ: فَلَمَّا بَلَغَنِي أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ قَدْ تَوَجَّهَ قَافِلًا مِنْ تَبُوكَ حَضَرَنِي بَثِّي، فَطَفِقْتُ أَتَذَكَّرُ الْكَذِبَ وَأَقُولُ: بِمَ أَخْرُجُ مِنْ سَخَطِهِ غَدًا؟ وَأَسْتَعِينُ عَلَى ذَلِكَ بِكُلِّ ذِي رَأْيٍ مِنْ أَهْلِي، فَلَمَّا قِيلَ: إِنَّ رَسُولَ اللَّهِ ﷺ قَدْ أَظَلَّ قَادِمًا، زَاحَ عَنِّي الْبَاطِلُ حَتَّى عَرَفْتُ أَنِّي لَنْ أَنْجُوَ (٦) مِنْهُ بِشَيْءٍ أَبَدًا، فَأَجْمَعْتُ صِدْقَهُ (٧) وَأَصْبَحَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ قَادِمًا، وَكَانَ إِذَا قَدِمَ مِنْ سَفَرٍ بَدَأَ بِالْمَسْجِدِ فَرَكَعَ فِيهِ رَكْعَتَيْنِ ثُمَّ جَلَسَ لِلنَّاسِ، فَلَمَّا فَعَلَ ذَلِكَ جَاءَهُ الْمُخَلَّفُونَ (٨) يَعْتَذِرُونَ إِلَيْهِ وَيَحْلِفُونَ لَهُ،
(١) أي: قدوة. أو مماثل أتأسى بوجوده. (٢) أي: مطعونًا عليه في دينه، متهمًا بالنفاق، وقيل: معناه: مستحقرًا، تقول: غمَصت فلانًا إذا استحقرته. (٣) أي: جانبيه، والجملة كناية عن العجب والكبر. (٤) أي: لابسًا البياض، و(السراب): ما يظهر للإنسان في الهواجر في البراري كأنه ماء. (٥) أي: عابوه وطعنوه، قالوا: إن الله غني عن صاع هذا. و(قافلاً): أي: راجعًا. و(البث): الحزن الشديد. (٦) في الأصل كما في المطبوعات الأخرى (لم أنج) والتصويب من مخطوطه والصحيحين. (٧) أي: عزمت عليه. (٨) أي: الذين تخلّفوا عن الخروج معه إلى تبوك.

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