l’expédition de Badr, et nul ne fut blâmé pour s’en être absenté ; en effet, le Messager d’Allah ﷺ était sorti, avec les musulmans, pour intercepter la caravane des Quraychites (1), jusqu’à ce qu’Allah, le Très-Haut, les mette face à face avec leur ennemi sans rendez-vous préalable.
J’avais assisté, aux côtés du Messager d’Allah ﷺ, à la nuit d’al-ʿAqaba, lorsque nous nous étions engagés dans l’islam ; je ne souhaiterais pas échanger cette présence contre celle de Badr, même si Badr demeure, auprès des gens, plus renommée qu’elle.
Et voici mon histoire lorsque je restai en arrière du Messager d’Allah ﷺ lors de la campagne de Tabûk : jamais je n’avais été ni plus vigoureux, ni plus aisé qu’à ce moment-là. Par Allah, je n’avais jamais réuni deux montures avant cette expédition, et j’en possédais alors deux. Habituellement, lorsque le Messager d’Allah ﷺ projetait une campagne, il en dissimulait toujours la véritable destination (2), sauf pour celle-ci : il la mena sous une chaleur accablante, en direction d’un voyage lointain et d’un désert aride (3), et face à un ennemi nombreux. Il exposa donc clairement la situation aux musulmans afin qu’ils se préparent comme il se doit (4) et leur indiqua explicitement la route qu’il comptait suivre. Les compagnons qui l’accompagnaient étaient si nombreux qu’aucun registre complet ne les recensait (il vise ici le dîwân).
Kaʿb poursuivit : « Rares étaient ceux qui envisageaient de se dérober en pensant que cela passerait inaperçu, à moins qu’une révélation d’Allah ne soit descendue à leur sujet. Le Messager d’Allah ﷺ entreprit cette expédition alors que les fruits étaient mûrs et que l’ombre était agréable ; et moi, j’y étais d’autant plus enclin (5). Le Messager d’Allah ﷺ et les musulmans se mirent donc en ordre de marche, tandis que je m’élançais pour me préparer avec eux, puis je revenais sans avoir rien accompli, en me disant : “Je pourrai toujours le faire quand je le voudrai.” Cet état de choses se prolongea jusqu’à ce que l’affaire devînt sérieuse pour tout le monde (6). Au matin, le Messager d’Allah ﷺ partit avec les musulmans, et je n’avais encore rien terminé ; le lendemain, je sortis puis revins sans avoir rien fait. Cela continua jusqu’à ce qu’ils accélèrent l’allure et que l’expédition prît une avance irrattrapable (7). Je résolus alors d’enfourcher ma monture pour les rattraper – hélas, si seulement je l’avais fait ! – mais il ne me fut finalement pas donné de réaliser ce dessein. »