Riyad al-SalihinAn-Nawawi

une faim qu’il ne peut plus supporter ; as-tu donc quelque chose ? »

Elle répondit : « Il me reste un peu d’orge et une jeune chèvre (1). » Je sacrifiai alors la chèvre, je moulus l’orge, puis nous mîmes la viande dans la marmite. Ensuite je me rendis auprès du Prophète ﷺ ; entre-temps, la pâte avait levé (2) et la marmite, installée entre les pierres du foyer, était presque cuite (3). Je lui dis : « Nous avons préparé un petit repas pour nous. Lève-toi donc, ô Messager d’Allah, avec un ou deux compagnons. » Il demanda : « Combien y en a-t-il ? » Je le lui exposai. Il dit : « C’est abondant et excellent. Dis-lui de ne pas retirer la marmite ni le pain du tannūr (4) avant que je n’arrive. » Puis il proclama : « Levez-vous ! » Les Émigrés et les Auxiliaires se levèrent.

J’entrai alors chez mon épouse et lui dis : « Malheur à toi (5) ! Voilà le Prophète ﷺ, les Émigrés, les Auxiliaires et ceux qui les accompagnent ! » Elle dit : « T’a-t-il interrogé ? » Je répondis : « Oui (6). » Il dit alors : « Entrez, sans vous entasser. » Le Prophète se mit à rompre le pain, y déposait la viande, couvrait la marmite et le four (7) chaque fois qu’il y puisait, rapprochait la nourriture de ses compagnons, puis servait de nouveau. Il continua ainsi à rompre et à verser jusqu’à ce qu’ils fussent rassasiés, et il en resta encore. Il dit alors : « Mange-en et offre-en autour de toi, car les gens souffrent de la famine. » Rapporté par al-Bukhârî et Muslim.

Dans une autre version, Jâbir rapporte : « Lorsque le fossé fut creusé, je vis que le Prophète ﷺ souffrait d’une grande faim. Je me rendis chez mon épouse et lui dis : “As-tu quelque chose ? J’ai vu que le Messager d’Allah ﷺ est terriblement affamé.” Elle me remit une besace contenant un sâʿ d’orge ; nous avions aussi une bête domestique, que j’abattis. Je moulus l’orge, puis, lorsque j’eus terminé, je découpai la viande dans sa marmite. Ensuite je repartis vers le Messager d’Allah ﷺ. Elle me dit : “Ne me couvre pas de honte devant le Messager d’Allah ﷺ et ceux qui l’accompagnent.” J’arrivai auprès de lui et lui parlai à voix basse… »

(1) Litt. « une ʿanâq » : jeune chèvre d’un âge intermédiaire entre le chevreau et l’adulte.
(2) Expression « ankasara al-ʿajîn » : la pâte a levé, elle est prête à être cuite.
(3) C’est-à-dire que la cuisson arrivait à son terme.
(4) Tannūr : four traditionnel en argile, en forme de puits, chauffé au bois ou au charbon.
(5) Interjection « wayḥaki » : « malheur à toi ! », mêlant reproche et compassion.
(6) Autrement dit : « Le Prophète t’a-t-il demandé la permission ? » – « Oui. »
(7) Il recouvrait aussitôt la marmite et le four pour que la bénédiction et la chaleur se maintiennent.

(1) Il s’agit d’une chèvre femelle. (2) Autrement dit : parce que la pâte est souple, encore humide, et que le levain y a déjà agi. J’ajoute que, dans la version d’al-Darimi (Al-Muqaddima), on lit : « alors la pâte était devenue compacte ». (3) C’est-à-dire : elle est presque prête ; « tandjou » signifie qu’elle achève sa cuisson. (4) Désigne le récipient/foyer dans lequel on cuit le pain. (5) Formule invoquant la miséricorde. (6) Je précise que, dans la version d’al-Darimi, elle répondit : « Allah et Son Messager savent mieux ; je lui ai rapporté ce que nous avions. » Il poursuit : « Le malaise que je ressentais s’apaisa quelque peu et je dis : “Tu as dit vrai.” » L’isnad (chaîne de transmission) est authentique. (7) Autrement dit : il les recouvre.
صَبْرٌ فَعِنْدَكِ شَيْءٌ ؟ فَقَالَتْ : عِنْدِي شَعِيرٌ وَعَنَاقٌ (١) ، فَذَبَحْتُ الْعَنَاقَ وَطَحَنْتُ الشَّعِيرَ حَتَّى جَعَلْنَا اللَّحْمَ فِي الْبُرْمَةِ ، ثُمَّ جِئْتُ النَّبِيَّ ﷺ ، وَالْعَجِينُ قَدْ أَنْكَسَرَ (٢) ، وَالْبُرْمَةُ بَيْنَ الْأَثَافِيِّ قَدْ كَادَتْ (٣) تَنْضِجُ ، فَقُلْتُ : طَعِيمٌ لِي ، فَقُمْ أَنْتَ يَا رَسُولَ اللَّهِ وَرَجُلٌ أَوْ رَجُلَانِ ، قَالَ : « كَمْ هُوَ ؟ » فَذَكَرْتُ لَهُ فَقَالَ : « كَثِيرٌ طَيِّبٌ قُلْ لَهَا لَا تَنْزَعُ الْبُرْمَةَ ، وَلَا الْخُبْزَ مِنَ التَّنُّورِ (٤) حَتَّى آتِي » فَقَالَ : « قُومُوا » فَقَامَ الْمُهَاجِرُونَ وَالْأَنْصَارُ ، فَدَخَلْتُ عَلَيْهَا فَقُلْتُ : وَيْحَكِ (٥) قَدْ جَاءَ النَّبِيُّ ﷺ وَالْمُهَاجِرُونَ وَالْأَنْصَارُ وَمَنْ مَعَهُمْ ! قَالَتْ : هَلْ سَأَلَكَ ؟ قُلْتُ : نَعَمْ (٦) قَالَ : « أَدْخُلُوا وَلَا تَضَاغَطُوا » فَجَعَلَ يَكْسِرُ الْخُبْزَ ، وَيَجْعَلُ عَلَيْهِ اللَّحْمَ ، وَيُخَمِّرُ الْبُرْمَةَ وَالتَّنُّورَ (٧) إِذَا أَخَذَ مِنْهُ ، وَيُقَرِّبُ إِلَى أَصْحَابِهِ ثُمَّ يَنْزِعُ ، فَلَمْ يَزَلْ يَكْسِرُ وَيَغْرِفُ حَتَّى شَبِعُوا ، وَبَقِيَ مِنْهُ ، فَقَالَ : « كُلِي هَذَا وَأَهْدِي ، فَإِنَّ النَّاسَ أَصَابَتْهُمْ مَجَاعَةٌ » مُتَّفَقٌ عَلَيْهِ . وَفِي رِوَايَةٍ ، قَالَ جَابِرٌ : لَمَّا حُفِرَ الْخَنْدَقُ رَأَيْتُ بِالنَّبِيِّ ﷺ خَمَصًا ، فَانْكَفَأْتُ إِلَى امْرَأَتِي فَقُلْتُ : هَلْ عِنْدَكِ شَيْءٌ ؟ فَإِنِّي رَأَيْتُ بِرَسُولِ اللَّهِ ﷺ خَمَصًا شَدِيدًا ، فَأَخْرَجْتُ إِلَيَّ جِرَابًا فِيهِ صَاعٌ مِنْ شَعِيرٍ ، وَلَنَا بَهِيمَةٌ دَاجِنٌ فَذَبَحْتُهَا ، وَطَحَنْتُ الشَّعِيرَ ، فَفَرَغْتُ إِلَى فَرَاغِي ، وَقَطَعْتُهَا فِي بُرْمَتِهَا ، ثُمَّ وَلَّيْتُ إِلَى رَسُولِ اللَّهِ ﷺ ، فَقَالَتْ : لَا تَفْضَحْنِي بِرَسُولِ اللَّهِ ﷺ وَمَنْ مَعَهُ ، فَجِئْتُهُ فَسَارَرْتُهُ
(١) هي : الأنثى من المعز . (٢) أي : لأن ورطب وتمكن منه الخمير . قلت : ولفظ الدارمي في « المقدمة » فإذا العجين قد أمكن . (٣) أي : قاربت ، ( تنضج ) أي : تدرك الاستواء . (٤) هو الذي يخبز فيه . (٥) كلمة رحمة . (٦) قلت : وفي رواية الدارمي : فقالت : الله ورسوله أعلم ، قد أخبرته بما كان عندنا . قال : فذهب عني بعض ما كنت أجد ، وقلت : لقد صدقت . وسنده صحيح . (٧) أي : يغطيهما .

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