pas même ceux qui ont relu l’édition Amiriya, ni aucune autre. Pis encore, la méprise a trompé le commentateur Ibn ʿAllân lui-même : il a expliqué le ḥadith en le rapportant au cœur ! Il écrit (4/406) : « C’est-à-dire que le Très-Haut n’assigne pas la récompense d’après la corpulence, la beauté de l’apparence ni la quantité d’œuvres. » Cette explication est manifestement caduque : d’une part, elle contredit la version authentique du ḥadith ; d’autre part, elle s’oppose aux nombreux textes du Coran et de la Sunna qui prouvent que la supériorité des serviteurs dans les degrés du Paradis est fonction de l’abondance ou de la rareté de leurs bonnes actions. Allah – exalté soit-Il – dit : « Et pour chacun des degrés selon ce qu’il aura accompli. » (sourate al-Anʿâm, verset 132). Il dit encore dans un ḥadith sacré : « Ô Mes serviteurs ! Vos œuvres seulement : Je les dénombre pour vous, puis Je vous en donnerai la pleine rétribution. Celui qui y trouve du bien, qu’il loue Allah… » (ḥadith 113).
Comment donc concevoir qu’Allah ne regarde pas les œuvres, au même titre qu’Il ne regarde pas les corps ni les visages, alors qu’elles sont, après la foi, le fondement même de l’accès au Paradis, ainsi qu’Il l’affirme : « Entrez au Paradis pour ce que vous faisiez. » (sourate an-Naḥl, verset 32). Réfléchis donc : jusqu’où le suivisme aveugle éloigne ses adeptes de la justesse et les précipite dans un gouffre d’erreur ! Tout cela parce qu’ils se détournent de l’étude de la Sunna dans ses sources majeures, rigoureusement authentifiées. Allah est notre seul soutien.
Une méprise semblable se lit dans le ḥadith rapporté par Muslim (nos 364 et 457) d’après Anas : à la cinquième ligne on trouve : « Inni lâ abkî inni la-aʿlam – Je ne pleure pas, je sais bien… ». L’expression figure ainsi aux deux endroits signalés, mais c’est erroné ; la leçon correcte est : « mâ abkî an lâ akûna aʿlam – Ce n’est pas parce que j’ignorerais… que je pleure », comme dans le Ṣaḥîḥ Muslim (7/145). Le texte d’Ibn Mâja (1635) dit : « Elle dit : Je sais certes que ce qui est auprès d’Allah… », formulation identique à celle de notre ouvrage, n’eût été l’ajout fautif « Inni lâ abkî – Je ne pleure pas », qui en gâche le sens, comme c’est manifeste. La même tournure apparaît encore dans le mursal d’Ikrima chez ad-Dârimî (pp. 22-23, éd. indienne) sous une forme proche de celle de Muslim : « Elle dit : Par Allah, ce n’est pas sur… »