et s’écria : « Ô Jurayj ! » Il dit en lui-même : « Ô mon Seigneur, [que choisir entre] ma mère et ma prière ? » puis poursuivit sa prière. Le surlendemain, elle revint tandis qu’il priait ; elle appela : « Ô Jurayj ! » Il se dit de nouveau : « Ô mon Seigneur, [que choisir entre] ma mère et ma prière ? » et il continua à prier. Elle invoqua alors : « Ô Allah, ne le fais pas mourir avant qu’il n’ait contemplé le visage des prostituées. »
Les Enfants d’Israël se mirent à parler de Jurayj et de son ascèse. Or, une femme de mauvaise vie, réputée pour sa beauté (1), déclara : « Si vous le voulez, je le mettrai à l’épreuve. » Elle se présenta donc à lui, mais il ne lui accorda aucune attention. Elle alla alors trouver un berger qui avait l’habitude de passer la nuit près de son ermitage ; elle se donna à lui, il la posséda, et elle tomba enceinte. Lorsqu’elle accoucha, elle affirma : « Cet enfant est de Jurayj. »
Les gens vinrent donc trouver Jurayj, le firent descendre, démolirent sa ṣawmʿa (ermitage) et se mirent à le frapper. Il demanda : « Qu’avez-vous ? » Ils répondirent : « Tu as forniqué avec cette prostituée, et elle a eu un enfant de toi. » Il dit : « Où est le nouveau-né ? » On le lui amena. Il dit : « Laissez-moi prier d’abord. » Il pria, puis, lorsqu’il eut terminé, il s’approcha du nourrisson, lui toucha le ventre et dit : « Petit, qui est ton père ? » L’enfant répondit : « C’est untel, le berger. »
Alors ils se jetèrent sur Jurayj pour l’embrasser et se frotter à lui, disant : « Nous allons te rebâtir ton ermitage en or. » Il répondit : « Non ; rebâtissez-le en argile, comme il était. » Et ils le firent.
Tandis qu’un nourrisson tétait sa mère, un homme passa, monté sur une monture fringante et richement harnachée. Sa mère dit : « Ô Allah, fais que mon fils lui ressemble. » L’enfant lâcha le sein, se tourna vers cet homme, le regarda et dit : « Ô Allah, ne me rends pas semblable à lui. » Puis il revint au sein et reprit la tétée. Je crois encore voir le Messager d’Allah ﷺ imiter sa succion en mettant son index dans sa bouche et en le faisant mine de le téter.
Il poursuivit : « Ils passèrent ensuite près d’une esclave qu’on battait en l’accusant : “Tu as forniqué, tu as volé !” Tandis qu’elle répétait : “Allah me suffit, et quel excellent Protecteur !” Sa mère dit : “Ô Allah, ne fais pas que mon fils lui ressemble.” L’enfant quitta le sein, la regarda et dit : “Ô Allah, rends-moi semblable à elle.”
La mère revint alors sur ses propos et dit : “Un homme de belle prestance est passé ; j’ai prié : Ô Allah, fais que mon fils lui ressemble, et toi tu as dit : Ô Allah, ne me rends pas semblable à lui. Puis ils ont croisé cette esclave qu’ils frappaient en disant : Tu as forniqué, tu as volé ; j’ai prié : Ô Allah, ne fais pas que mon fils lui ressemble, et toi tu as dit : Ô Allah, rends-moi semblable à elle ?”
Il répondit : “Quant à cet homme, c’était un tyran ; voilà pourquoi j’ai dit : Ô Allah, ne me rends pas semblable à lui. Quant à cette femme, on l’accuse d’adultère alors qu’elle ne l’a pas commis, et on l’accuse de vol alors qu’elle n’a pas …”