À mon sens, quiconque veut mener une recherche rigoureuse dans cette noble science ne saurait s’en remettre à ce que nous venons d’exposer, et ce pour les raisons suivantes :
1 – Quant au silence d’Abû Dâwûd : les propos transmis d’Abû Dâwûd lui-même au sujet des hadiths sur lesquels il est resté silencieux dans ses Sunan sont divergents. Un examen attentif, confrontant ces propos aux cas concrets de son recueil, montre qu’il ne veut pas dire que tout ce dont il ne parle pas est, selon lui, « bon » et recevable ; il vise seulement les hadiths dont la faiblesse n’est pas prononcée. On ne peut guère soutenir une autre interprétation, comme je l’ai établi dans l’introduction de mon livre « Le Faible d’Abû Dâwûd », position qu’a également adoptée le ḥâfiẓ Ibn Ḥajar al-ʿAsqalânî, eu égard au grand nombre de hadiths faibles contenus dans ce recueil par rapport au total de ses hadiths, lequel atteint 4 800 d’après « At-Tadrîb » (1). Dans mon ouvrage « Le Faible d’Abû Dâwûd », j’ai déjà recensé, jusqu’au Kitâb al-Manâsik (Livre des rites du pèlerinage), plus de 300 hadiths faibles, soit près du tiers de l’ouvrage ; au total, les hadiths faibles pourraient donc approcher le millier. À propos de certains d’entre eux, l’auteur lui-même (2) déclare : « Si Abû Dâwûd n’a pas explicitement signalé leur faiblesse, c’est parce qu’elle est manifeste. »
Partant de ce principe, al-Munzirî a procédé de la même manière dans son livre « At-Targhîb wa-t-Tarhîb », où il affirme :
« Je signale, dans la mesure de ce qui m’est venu à l’esprit au moment de la dictée, nombre de cas dans lesquels Abû Dâwûd – qu’Allah lui fasse miséricorde – a fait preuve de complaisance en gardant le silence sur la faiblesse de tel ou tel hadith. »
On voit dès lors l’erreur qu’il y a à se fier au silence d’Abû Dâwûd et à son jugement favorable, d’autant plus qu’il a multiplié