il me saisit alors et me serra si fortement que j’en fus à bout de forces, puis il me relâcha et dit : « Lis ! » — « Je ne sais pas lire », protestai-je. Il me saisit de nouveau, me serra jusqu’à m’épuiser, puis me relâcha et répéta : « Lis ! » — « Je ne sais pas lire », redis-je. Il me reprit une troisième fois, me serra, puis me relâcha et déclara : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé. Il a créé l’être humain d’une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très-Généreux. »
Le Messager d’Allah ﷺ revint avec ces versets, le cœur tremblant. Il entra chez Khadîja bint Khuwaylid, qu’Allah l’agrée, en s’écriant : « Couvrez-moi ! Couvrez-moi ! » On le couvrit jusqu’à ce que la frayeur se dissipe. Il confia alors à Khadîja ce qui venait de se passer et conclut : « J’ai craint pour ma vie. » — « Jamais ! Par Allah, répondit-elle, Allah ne te déshonorera jamais : tu entretiens les liens de parenté, tu portes le fardeau des faibles, tu subviens aux besoins de l’indigent, tu offres l’hospitalité à l’hôte et tu aides ceux qui sont frappés d’injustice. »
Khadîja le conduisit ensuite chez Waraqa ibn Nawfal ibn Asad ibn ʿAbd al-ʿUzzâ, son cousin. Cet homme, durant la jâhiliyya, s’était converti au christianisme ; il transcrivait l’Écriture en hébreu et copiait de l’Évangile, en hébreu, autant qu’Allah le lui permettait. Il était alors un vieillard aveugle. Khadîja lui dit : « Ô cousin, écoute le fils de ton frère. » Waraqa demanda : « Ô fils de mon frère, qu’as-tu vu ? » Le Messager d’Allah ﷺ lui raconta ce qu’il venait de voir. Waraqa déclara : « C’est le Namûs qu’Allah a fait descendre sur Moïse. Puissé-je être encore vigoureux ! Puissé-je être vivant quand ton peuple te chassera ! » — « Me chasseront-ils donc ? » s’étonna le Prophète ﷺ. « Oui, reprit-il, jamais un homme n’a apporté ce que tu viens d’apporter sans être combattu. Si je vis ce jour, je te soutiendrai d’un appui résolu. » Peu après, Waraqa mourut et la Révélation connut une interruption.