Nos propres fardeaux nous brisent le dos, le font craquer et nous épuisent ; pourtant, c’est comme si nous ne portions rien. Cela tient à la faiblesse de notre foi et de notre clairvoyance, ainsi qu’à notre profonde insouciance. Nous demandons à Allah de nous traiter avec indulgence.
Il est rapporté dans certains récits que, lorsqu’un croyant commet un péché, celui-ci devient à ses yeux semblable à une montagne suspendue au-dessus de sa tête, tandis que, lorsqu’un hypocrite commet un péché, celui-ci lui paraît semblable à une mouche posée sur son nez, qu’il chasse d’un geste comme celui-ci (1). Autrement dit, il ne s’en préoccupe aucunement. Le croyant, lui, est préoccupé par ses fautes et assailli de soucis jusqu’à ce qu’il s’en libère par le repentir et la demande de pardon, ou par de grandes bonnes œuvres qui effacent les traces de cette mauvaise action.
Si tu constates que ton cœur demeure insouciant à l’égard de tes péchés, sache qu’il est malade, car un cœur vivant ne saurait se satisfaire de la maladie. Or, les péchés sont la maladie des cœurs, comme l’a dit Abd Allah ibn al-Mubārak — qu’Allah lui fasse miséricorde :
J’ai vu les péchés faire mourir les cœurs,
Et s’y adonner sans relâche peut engendrer l’avilissement.
Délaisser les péchés fait revivre les cœurs,
Et le mieux pour ton âme est de leur refuser obéissance.
Nous devons donc nous soucier de notre propre sort et nous demander des comptes à nous-mêmes. Si les commerçants ne dorment pas avant d’avoir vérifié leurs livres de comptes — ce qu’ils ont déboursé, ce qu’ils ont dépensé et ce qu’ils ont gagné —, ceux qui commercent en vue de l’au-delà devraient y accorder une attention plus grande encore, car leur commerce est bien plus considérable. Le commerce des gens d’ici-bas ne leur procure tout au plus, s’il leur est profitable, que le confort du corps. Sans compter qu’il s’accompagne des soucis et des afflictions que l’on connaît : si le commerçant subit une perte sur une marchandise, il s’en préoccupe ; et si son pays est exposé à des dangers, tels que des brigands de grand chemin ou des voleurs, son inquiétude s’accroît encore.
Le commerce de l’au-delà est, quant à lui, tout l’inverse :
« Ô vous qui croyez ! Vous indiquerai-je un commerce qui vous sauvera d’un châtiment douloureux ? Il consiste à croire en Allah et en Son Messager, et à lutter dans le sentier d’Allah par vos biens et vos personnes. Voilà qui est meilleur pour vous, si vous saviez ! Il vous pardonnera vos péchés et vous fera entrer dans des jardins sous lesquels coulent les rivières. » [Les Rangs : 10-12]
Ce commerce sauve du châtiment et, par lui, Allah pardonne les péchés,