L’expression ﴿lorsqu’elle atteint sa plénitude﴾ signifie que sa lumière s’est rassemblée, qu’elle est devenue entière et parfaite. Cela se produit durant les nuits de pleine lune. Allah — glorifié et exalté soit-Il — jure donc ﴿par la nuit et ce qu’elle enveloppe﴾, c’est-à-dire ce qu’elle rassemble, ainsi que par la lune, car elle est un signe de la nuit. Il dit ensuite : ﴿Vous passerez assurément d’un état à un autre.﴾ Cette phrase constitue la réponse au serment et comporte trois procédés d’insistance : le serment, la particule lām et le nūn d’insistance. Le discours s’adresse ici à l’ensemble des hommes : vous passerez nécessairement d’un état à un autre. Cela signifie que les situations changent, qu’il s’agisse des états liés au temps, au lieu, au corps ou au cœur.
Premièrement, les états liés au temps se succèdent : ﴿Et ces jours, Nous les faisons alterner parmi les hommes﴾ [Āl Imrān : 140]. Un jour apporte la joie, l’allégresse et l’épanouissement de l’âme, tandis qu’un autre apporte tout le contraire. Il arrive même que l’être humain le ressente sans qu’aucune cause connue ne l’explique. Le poète a dit à ce sujet :
Un jour est contre nous, un autre en notre faveur ;
Un jour nous sommes attristés, un autre réjouis.
Chacun le constate en lui-même : aujourd’hui, vous vous réveillez heureux et réjoui, puis, le lendemain, vous êtes dans l’état contraire sans raison particulière. Il en va ainsi : l’être humain passe nécessairement d’un état à un autre. Les circonstances changent également : de la sécurité à la peur, de la guerre à la paix, de la sécheresse à la pluie, de la disette à l’abondance, ainsi que par toutes sortes d’autres vicissitudes.
Deuxièmement, les lieux : l’être humain séjourne aujourd’hui en un lieu, le lendemain dans un autre, puis dans un troisième et un quatrième, jusqu’à ce que son parcours s’achève dans les demeures de l’au-delà. Quant aux tombes, qui précèdent l’au-delà, elles ne sont que des demeures temporaires. Elles ne constituent pas la dernière demeure, mais seulement une étape.
Un Bédouin entendit un homme réciter la parole d’Allah — exalté soit-Il — : ﴿La course aux richesses vous distrait, jusqu’à ce que vous visitiez les tombes.﴾ Le Bédouin déclara : « Par Allah, un visiteur ne demeure pas sur place. » Par sa disposition naturelle, il comprit donc qu’au-delà de ces tombes se trouvait nécessairement une autre destination, car, comme chacun sait, le visiteur effectue sa visite puis repart.
Cela nous permet de comprendre que la formule que nous lisons dans les journaux : « Untel est décédé, puis on l’a transporté vers sa dernière demeure », est une grave erreur et que ce qu’elle implique relève de la mécréance envers Allah — glorifié et exalté soit-Il — et envers le Jour dernier. En effet, si l’on considère la tombe comme la demeure