cet ordre comme limité, ainsi qu’on l’a indiqué, aux affaires du califat, à l’envoi des armées vers les provinces, et à ce qui s’y rattache ; or toutes ces objections demeurent faibles.
Commençons donc par exposer le ḥadith mentionné, en établir l’authenticité et montrer la manière dont il sert de preuve, puis nous reviendrons à ces objections… » Après en avoir confirmé la solidité, il dit :
« L’argument qu’il fournit est évident, non pas par la voie, déjà rapportée, qui le présentait comme assimilable à un consensus, mais parce que le Prophète ﷺ a ordonné de s’attacher à leur Sunna et d’y mordre avec les molaires. Cette image signifie qu’il faut s’y tenir sans jamais s’en écarter. En outre, il ﷺ a fait figurer, dans la même injonction, sa Sunna et la leur ; toutes deux possèdent donc, quant à l’obligation de s’y conformer, la même valeur probante.
On ne dira pas qu’une telle association implique une parfaite égalité entre leur Sunna et celle du Prophète ﷺ, au point que, si elles venaient à s’opposer, l’on pourrait parfois donner préférence à la leur. Nous rétorquons que le fait que leur Sunna constitue une preuve reconnue n’entraîne nullement cette égalité ; il convient simplement de la suivre tant qu’aucune Sunna prophétique plus forte ne s’y oppose, de la même manière que l’analogie (qiyās) est une preuve légale bien qu’elle soit hiérarchiquement postérieure au Livre et à la Sunna.
Quant à la restriction aux quatre califes, à l’exclusion de ceux qui leur succédèrent, elle repose sur le consensus unanime des savants : eux seuls possèdent la qualité décrite dans le ḥadith, laquelle n’est pas attribuée à ceux d’après eux. Safina — qu’Allah l’agrée — rapporte que le Prophète ﷺ a dit : « Le califat au sein de ma communauté durera trente ans après moi, puis il deviendra royauté. » La chaîne en est jugée bonne. Or, la durée du règne des quatre imâms — qu’Allah les agrée — correspond approximativement à cette période, de l’avis général. C’est sur cette base qu’al-Bayhaqî, entre autres, a conclu que la formule prophétique : « … et la Sunna des califes bien-guidés et éclairés » vise les quatre imâms exclusivement, le propos leur étant réservé. Quant au ḥadith « Mes Compagnons sont comme des étoiles », on en exposera bientôt l’état : il est faible et ne peut se mesurer au ḥadith d’al-ʿIrbâḍ cité plus haut, de sorte qu’il n’existe pas de conflit entre eux. » Fin de citation.
Je dis : L’avis retenu par al-ʿAllāʾī et ash-Shanqîṭî — qu’Allah leur fasse miséricorde —, selon lequel l’unanimité des quatre califes constitue une preuve tout en n’équivalant pas à un consensus, est celui qui réconcilie les différentes preuves, et il s’agit d’une des opinions rapportées d’Imâm Aḥmad.