à plus forte raison. La raison de cette priorité est que sa tendance à produire son propre effet est plus puissante que la capacité qu’il possède d’empêcher l’effet d’autrui ; dès lors, s’il a pu ôter cet effet à ce qui est plus fort, il le pourra, a fortiori, à ce qui est plus faible (1).
On objectera : « Toute entrave qui empêche une cause d’agir sur son effet invalide votre raisonnement ; or cela est formellement faux. »
Nous répondons : L’objection ne tient pas ; elle est écartée. Dans l’exemple que vous invoquez, la cause et l’obstacle ne se sont ni affrontés ni percutés ; l’obstacle s’est contenté d’affaiblir la cause, annulant ainsi son effet et bloquant son exigence. Dans notre cas, en revanche, les deux causes se font face et se contredisent ; chacune d’elles veut produire son effet. Si leurs effets venaient à disparaître, chacune serait à la fois agissante et non agissante, victorieuse et vaincue, empêchante et empêchée : impossibilité manifeste. Cet argument (2) s’apparente à la preuve dite de l’exclusion mutuelle (3).
Pour saisir la différence, remarquons que, lorsqu’une unique cause est accompagnée d’un obstacle qui bloque son effet, elle cesse d’en revendiquer la production ; l’obstacle a simplement neutralisé son exigence, ce qui n’a rien d’impossible. Mais lorsque deux causes se paralysent mutuellement, chacune empêchant l’autre d’agir, leur opposition implique que chaque cause annule sa rivale, tout en agissant sur elle, et cependant n’agit plus ; on réunit ainsi deux contraires. En effet, si l’une est annulée, elle n’agit pas ; et si elle n’agit pas, elle ne peut annuler l’autre. Il faudrait donc qu’elles soient simultanément agissantes et inactives, existantes et inexistantes, ce qui est absurde. Il s’ensuit nécessairement que l’une d’elles triomphera de l’autre par la supériorité de sa force, et c’est à elle que revient le jugement.
On demandera alors : « Que pensez-vous de celui qui s’est engagé sur un terrain usurpé puis se ravise et veut se repentir ? »