et que les deux se valent, — aucune preuve n’en établit l’existence ; au contraire, la preuve en requiert la négation. En effet, lorsque l’intérêt et le préjudice, l’utilité et le dommage, le plaisir et la douleur se font face, l’un doit nécessairement l’emporter sur l’autre, et le jugement suit ce qui prédomine. Quant à imaginer qu’ils se neutralisent et s’entrechoquent de sorte qu’aucun ne l’emporte, cela ne se produit jamais.
Car l’on pourrait dire : les deux effets (1) apparaissent simultanément ; c’est impossible, puisqu’ils s’opposent (2) dans un même support. Ou bien l’on dirait : l’existence de chacun des deux effets (3) est empêchée ; c’est également impossible, car leur cause est présente. Ou encore l’on prétendrait que l’un se produit sans l’autre, alors qu’ils sont d’égale force ; cela est inadmissible, car ce serait privilégier l’un de deux possibles (4) sans critère décisif.
Cette impossibilité vient seulement de l’hypothèse d’un affrontement et d’un choc entre les deux causes agissantes ; or une telle chose est exclue : nécessairement l’une d’elles l’emporte sur l’autre, et c’est à elle qu’appartient le jugement.
On rétorquera : qu’est-ce qui empêche que les deux effets soient empêchés ? Vous dites : « C’est impossible parce que leur cause subsiste. » Si par « cause » vous entendez une cause indemne de tout obstacle, elle n’existe pas ici. Et si vous entendez une cause accompagnée de son obstacle, alors que son effet fasse défaut n’est pas impossible, puisque l’obstacle existe dans chacun des deux cas ; il n’est donc pas exclu que les deux effets fassent défaut.
La réponse est la suivante : si l’obstacle a déjà privé la cause de son efficacité à produire son propre effet, malgré sa force et la vigueur de son exigence, et s’il a pu la dépouiller de son pouvoir causal, à plus forte raison sera-t-il capable de lui ôter la capacité même par laquelle elle empêcherait l’autre de produire son effet et de parvenir à son résultat.