est submergé, et le plaisir lui-même se trouve englouti et consumé face au tort qu’il engendre ; Allah – exalté soit-Il – a dit : « …alors que leur péché est plus grand que leur utilité » (Coran 2, 219), et Il a dit : « Il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle est un mal pour vous » (Coran 2, 216).
– L’argument décisif à ce sujet est le suivant : si l’on entend par « intérêt pur » un bien qui, en lui-même, demeure absolument exempt de corruption, sans que nul mal ne le ternisse, nul doute qu’un tel bien existe. Mais si l’on vise par là un intérêt qui ne serait jamais accompagné de pénibilité ni de nuisance, ni sur la voie qui y mène ni dans sa réalité même, alors un tel bien n’existe pas sous cet aspect, car tous les avantages, les biens, les plaisirs et les perfections ne s’obtiennent qu’au prix d’une part d’effort ; on n’y accède qu’en franchissant un pont de labeur.
Les sages de toutes les nations se sont accordés pour dire que le délice ne s’atteint pas par la mollesse (1), que celui qui choisit la facilité se voit privé du véritable repos, et que la joie comme le plaisir sont proportionnels aux dangers affrontés et aux difficultés supportées ; point de joie pour qui n’a pas d’ambition, point de plaisir pour qui manque de patience, point de félicité pour qui ne connaît pas l’épreuve, point de repos pour qui ne se donne pas de peine. Qu’il peine un instant, le serviteur goûtera un long répit ; qu’il supporte une heure la rigueur de la patience, elle le mènera à une vie sans fin. Tout ce dont jouissent les habitants du bonheur éternel n’est que le fruit de la patience d’un moment. Allah est Celui dont on implore le secours, et il n’est de puissance ni de force qu’en Lui.
Et plus l’âme est noble et l’ambition élevée, plus le corps se fatigue et moins il jouit du repos, comme l’a dit al-Mutanabbî (2) :
« Lorsque les âmes sont grandes,
les corps se lassent à poursuivre leurs desseins. »