Ainsi, l’usure (1), l’injustice, les turpitudes, la sorcellerie et la consommation de vin, bien qu’elles constituent des maux et des sources de corruption, offrent malgré tout quelque avantage et un certain plaisir à celui qui les pratique ; c’est pourquoi il les privilégie et les choisit. Car, si leur préjudice était absolument pur, jamais une personne douée de raison ne les aurait préférées ni même commises.
Or la raison, par essence, considère les conséquences et les fins ; c’est pourquoi les plus sensés sont ceux qui se détournent le plus de ce dont le préjudice l’emporte à terme, quand bien même s’y trouveraient une jouissance ou un faible profit au regard du tort qu’il cause.
- D’autres les ont contredits et ont déclaré : la division logique suppose la possibilité de ces deux catégories, et la réalité atteste qu’elles existent ; en effet, connaître Dieu, L’aimer et croire en Lui est un bien absolument pur, dénué de tout mal.
Ils ajoutent : il est notoire que le Paradis est un bien absolument pur, sans aucune trace de mal, tandis que l’Enfer est un mal absolument pur, sans aucun bien. Si ces deux catégories existent dans l’au-delà, qu’est-ce qui rendrait impossible (2) leur existence ici-bas ?
Ils poursuivent : parmi les créatures, certaines sont un bien absolument pur, sans aucun mal, tels les prophètes et les anges ; d’autres sont un mal absolument pur, sans aucun bien, tel Iblis et les démons ; d’autres encore mêlent bien et mal, l’un l’emportant sur l’autre : ainsi, chez certains humains le bien domine, tandis que chez d’autres c’est le mal qui prévaut. Il en va de même des actes : les uns sont une utilité pure ou prépondérante, les autres un préjudice pur ou prépondérant ; il en est ainsi des œuvres comme des agents.