Quant au premier aspect, les actes se répartissent ainsi : les uns renferment un intérêt pur, ou du moins prépondérant ; d’autres recèlent un préjudice pur, ou prépondérant ; d’autres enfin voient intérêt et préjudice s’équilibrer.
Nous avons donc cinq catégories. Or les législations révélées n’en traitent effectivement que quatre : celles dont l’intérêt est pur ou dominant, qu’elles prescrivent et encouragent ; et celles dont le préjudice est pur ou dominant, qu’elles interdisent et s’emploient à faire disparaître. Ainsi, elles s’attachent à réaliser l’intérêt pur ou prépondérant et à l’achever autant que possible, tout en supprimant, ou à défaut en réduisant, le préjudice pur ou prépondérant dans la mesure du possible. L’ensemble des prescriptions religieuses tourne autour de ces quatre catégories.
Les hommes ont ensuite divergé à propos de deux questions.
Première question : l’existence, ou non, d’un intérêt absolument pur et d’un préjudice absolument pur.
– Certains l’ont niée et ont déclaré que cela n’existe pas : « L’intérêt, disent-ils, c’est la félicité, le plaisir et ce qui y conduit ; le préjudice, c’est le tourment, la douleur et ce qui y conduit. »
Ils ajoutent : « Tout acte ordonné s’accompagne inévitablement d’une part d’effort réclamant patience devant quelque peine ; même s’il renferme joie, délice et allégresse, un désagrément subsiste. Mais, noyé qu’il est dans l’intérêt global, on n’en tient pas compte et l’on ne renonce pas à cet intérêt pour si peu. Abandonner un grand bien prépondérant à cause d’un mal mineur et vaincu serait, en réalité, un grand mal. »
Ils disent encore : « Quant au mal interdit, l’être humain ne le commet que parce qu’il recherche en lui tel avantage ou satisfaction ; c’est pour lui un intérêt immédiat. Lorsqu’il en est dissuadé et qu’il s’en abstient, cet intérêt et ce plaisir immédiats disparaissent, bien que le préjudice de l’acte soit immensément plus grand que son intérêt – son avantage étant en vérité tout à fait noyé face à son préjudice –, comme Allah, le Très-Haut, l’a affirmé au sujet du vin et du maysir (les jeux de hasard) : « Dis : “Il y a en eux un grave péché et, pour les gens, quelque profit, mais leur péché est plus grand que leur profit.” » (Coran 2 : 219).