Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Quant au jihâd, quelle adoration pourrait lui être comparée ? Il est le pinacle et le sommet de tous les cultes, la pierre de touche qui sépare l’amant véritable du simple prétendant. L’amant a déjà offert sa vie et ses biens à son Seigneur et Dieu, cherchant Sa proximité en sacrifiant ce qu’il possède de plus cher ; il voudrait que pour chaque cheveu de sa tête il ait une autre existence qu’il pourrait consacrer à Son amour et à Sa satisfaction. Il souhaiterait être tué pour Lui, puis ressuscité, puis tué encore, puis ressuscité, puis tué de nouveau. Il se sacrifie pour le Bien-Aimé, Son serviteur et Son Messager, et son état d’âme dit en silence :

« Un amoureux passionné te rachète au prix de sa vie ; si seulement il possédait quelque chose de plus précieux que son âme, il te l’offrirait en rançon. » (1)

Ainsi a-t-il remis sa personne et ses biens à Celui qui les a achetés, sachant qu’on n’obtient la marchandise qu’en payant son prix : « Allah a certes acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis : ils combattent dans le chemin d’Allah ; ils tuent et se font tuer » (At-Tawba, 9 : 111).

Or il est bien établi parmi les hommes que la marque d’un amour véritable consiste à offrir son âme et ses richesses pour complaire à l’aimé. Le Vrai Bien-Aimé, Celui qui seul mérite l’amour — et toute affection en dehors de la Sienne est vaine —, était donc le plus à même de prescrire à Ses serviteurs le jihâd, ultime moyen de se rapprocher de leur Dieu et Seigneur. Les sacrifices des communautés antérieures consistaient à immoler des bêtes ; le sacrifice de cette communauté est de présenter leurs propres personnes pour être immolées dans la voie d’Allah, leur Maître véritable.

(1) Ce vers est attribué à al-Buhturi dans son Dîwân, t. 1, p. 303, ainsi que dans ‘Abath al-Walîd, p. 63 ; certaines éditions du Dîwân le transmettent pourtant au nom d’Ibn Kayghalagh. On le trouve aussi sous la signature d’al-Waʾwâʾ dans son Dîwân, p. 45, et sous celle d’Abû l-‘Atâhiya dans Mahâdarât al-udabâʾ, t. 3, p. 98, puis, d’après cette source, dans la Takmila de son Dîwân, p. 499. Il figure enfin sans attribution dans al-Zahra, p. 70, et al-Muḥibb wa-l-Maḥbûb, t. 2, p. 80.
* وأمَّا الجهاد، فناهيك به مِنْ عبادةٍ هي سَنَامُ العبادات وذِرْوتُها، وهو المِحَكُّ والدَّليلُ المفرِّقُ بين المحِبِّ والمدَّعي؛ فالمحِبُّ قد بذل مهجتَه وماله لربِّه وإلهه، متقرِّبًا إليه ببَذْل أعزِّ ما بحضرته، يودُّ لو أنَّ له بكلِّ شَعرةٍ نَفْسًا يبذُلها في حبِّه ومرضاته، ويودُّ أن لو قُتِل فيه ثمَّ أُحيِي ثمَّ قُتِل ثمَّ أُحيِي ثمَّ قُتِل، فهو يفدي بنفسه حبيبَه وعبدَه ورسوله، ولسانُ حاله يقول: يَفْدِيكَ بالنَّفس صَبٌّ لو يكونُ له ... أعزَّ مِنْ نفسِه شيءٌ فَداكَ به (١) فهو قد سلَّم نفسَه وماله لمشتريها، وعَلِم أنه لا سبيل إلى أخذ السِّلعة إلا ببذلِ ثمنها؛ ﴿إِنَّ اللَّهَ اشْتَرَى مِنَ الْمُؤْمِنِينَ أَنْفُسَهُمْ وَأَمْوَالَهُمْ بِأَنَّ لَهُمُ الْجَنَّةَ يُقَاتِلُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَيَقْتُلُونَ وَيُقْتَلُونَ﴾ [التوبة: ١١١]. وإذا كان من المعلوم المستقرِّ عند الخلق أنَّ علامة المحبة الصَّحيحة بذلُ الرُّوح والمال في مرضاة المحبوب، فالمحبوبُ الحقُّ الذي لا تنبغي المحبةُ إلا له، وكلُّ محبةٍ سوى محبَّته فالمحبة له باطلة= أولى بأن يَشْرَع لعباده الجهادَ الذي هو غايةُ ما يتقرَّبون به إلى إلههم وربهم، وكانت قرابينُ مَنْ قبلهم من الأمم في ذبائحهم، وقرابينُهم تقديمُ أنفسهم للذَّبح في الله مولاهم الحقِّ.
(١) البيت للبحتري في ديوانه (١/ ٣٠٣)، و «عبث الوليد» (٦٣)، وفي بعض نسخ الديوان أنه يروى لابن كيغلغ. وللوأواء في ديوانه (٤٥). ولأبي العتاهية في «محاضرات الأدباء» (٣/ ٩٨)، وعنه في تكملة ديوانه (٤٩٩). ودون نسبة في «الزهرة» (٧٠)، و «المحب والمحبوب» (٢/ ٨٠).

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