Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Et quelle beauté pourrait l’emporter sur celle de cet acte d’adoration qui brise la convoitise, réprime l’âme, ranime le cœur et le remplit de joie, détache du bas monde et de ses plaisirs, oriente vers ce qu’il y a auprès d’Allah, rappelle aux riches la condition des démunis et leur situation, leur fait prendre conscience que ceux-ci ont, dans leurs biens, une part légitime (1) de subsistance ; alors leurs cœurs s’attendrissent pour eux, et ils mesurent l’étendue des bienfaits dont Allah les a comblés et Lui en rendent grâce avec encore plus d’ardeur !

En somme, le concours que le jeûne apporte pour atteindre la piété envers Allah est notoire : nul ne s’est jamais aidé d’un moyen comparable au jeûne pour craindre Allah, garder Ses limites et éviter Ses interdits. Cet effet même atteste, pour Celui qui l’a légiféré et ordonné, qu’Il est le plus Sage des juges et le plus Miséricordieux des miséricordieux ; qu’Il ne l’a institué que par bienfaisance envers Ses serviteurs, par miséricorde et délicatesse à leur égard (2), non par avarice quant à Sa subsistance, ni comme une simple charge ou un tourment dénué de sagesse et d’intérêt. Bien au contraire, il constitue l’aboutissement même de la sagesse, de la miséricorde et de l’utilité, et l’institution de ces adorations pour eux relève de la plénitude de Son bienfait et de Sa miséricorde.

  • Quant au pèlerinage, c’est une affaire d’un tout autre ordre : seuls les hanîfs, ceux qui ont obtenu une part dans l’amour divin, peuvent en saisir la portée. Sa dignité est trop élevée pour qu’une formulation humaine puisse l’englober ; il est la marque propre de cette religion droite, au point que l’on a dit, au sujet de la parole du Très-Haut : « ḥunafā’a li-llāh » (exclusivement voués à Allah ; Coran 22, 31) : c’est-à-dire « pèlerins » (3).

Allah a fait de Sa Maison sacrée un pilier pour les hommes : elle est la colonne de l’univers sur laquelle repose son édifice. Si tous les êtres humains délaissaient le pèlerinage ne fût-ce qu’une seule année, le ciel s’effondrerait sur la terre ; ainsi l’a-t-on affirmé.

(1) Dans le manuscrit T, on lit « nasib » (part). (2) Dans le manuscrit T, on lit « wa-rahmatan lahum » (et une miséricorde pour eux). (3) Cette interprétation est rapportée d’Ibn ‘Abbas, Mujâhid et d’autres ; cf. Tafsîr al-Tabarî, t. 3, p. 106 et t. 24, p. 541.
وأيُّ حُسْنٍ يزيدُ على حُسْن هذه العبادة التي تَكْسِرُ الشهوة، وتَقْمَعُ النَّفس، وتحيي القلبَ وتفرحُه، وتزهِّدُ في الدُّنيا وشهواتها، وترغِّبُ فيما عند الله، وتذكِّرُ الأغنياءَ بشأن المساكين وأحوالهم، وأنهم قد أخذوا بنصيبٍ (١) من عَيْشِهم، فتعطِّف قلوبهم عليهم، ويعلمون ما هم فيه من نِعَم الله فيزدادوا له شكرًا؟! وبالجملة، فعونُ الصَّوم على تقوى الله أمرٌ مشهور، فما استعان أحدٌ على تقوى الله وحِفظ حدوده واجتناب محارمه بمثل الصَّوم، فهو شاهدٌ لمن شرعه وأمر به بأنه أحكمُ الحاكمين وأرحمُ الراحمين، وأنه إنما شرعه إحسانًا إلى عباده، ورحمةً بهم (٢)، ولطفًا بهم، لا بخلًا عليهم برزقه، ولا مجرَّد تكليفٍ وتعذيبٍ خالٍ من الحكمة والمصلحة، بل هو غايةُ الحكمة والرحمة والمصلحة، وأنَّ شَرْع هذه العبادات لهم من تمام نعمته عليهم، ورحمته بهم. * وأمَّا الحجُّ، فشأنٌ آخرُ لا يُدْرِكه إلا الحنفاءُ الذين ضربوا في المحبة بسَهْم، وشأنه أجلُّ من أن تحيط به العبارة، وهو خاصَّةُ هذا الدِّين الحنيف، حتى قيل في قوله تعالى: ﴿حُنَفَاءَ لِلَّهِ﴾ [الحج: ٣١]: «أي: حُجَّاجًا» (٣). وجَعَل الله بيتَه الحرام قِيامًا للنَّاس، فهو عمودُ العالَم الذي عليه بناؤه، فلو ترك النَّاسُ كلُّهم الحجَّ سنةً لخرَّت السَّماءُ على الأرض، هكذا قال
(١) (ت): «نصيب». (٢) (ت): «ورحمة لهم». (٣) ورد هذا عن ابن عباس، ومجاهد، وغيرهما. انظر: «تفسير الطبري» (٣/ ١٠٦، ٢٤/ ٥٤١).

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