Tel est donc le critère décisif, la ligne de démarcation qui les distingue de la catégorie précédente ; car ceux-ci se laissent mener par n’importe quel héraut et par quiconque (1) se joint à eux. À leur sujet, ʿAlî ibn Abî Tâlib a dit : « Suiveurs du premier crieur venu, ils penchent du côté de chaque voix (2) ; ils ne se sont pas éclairés à la lumière du savoir et n’ont pas cherché refuge auprès d’un appui solide » (3).
Voilà le signe manifeste du manque de clairvoyance : tu le vois trouver agréable une chose et son contraire, louer un propos puis l’attaquer aussitôt qu’il lui parvient sous une forme qu’il ne reconnaît pas ; il exalte l’obéissance au Messager et juge très grave de s’y soustraire, alors qu’il est, en réalité, l’un des pires à lui désobéir, à nier ce qu’il a affirmé et à combattre ceux qui font vivre sa Sunna. Tout cela procède de l’absence de clairvoyance.
Quant aux membres de la troisième catégorie, toute leur action repose justement sur la clairvoyance, et c’est en fonction d’elle que varient leurs rangs dans les degrés de l’excellence. L’un des Anciens, évoquant les premiers prédécesseurs, déclara : « S’ils ont devancé les autres, c’est qu’ils œuvraient avec clairvoyance. »
Nul n’a reçu un bienfait supérieur à une clairvoyance dans la religion d’Allah, même s’il est défaillant dans l’action. Le Très-Haut dit : « Et rappelle-toi Nos serviteurs Abraham, Isaac et Jacob, hommes de grande force et de clairvoyance » (Coran 38, 45). Ibn ʿAbbâs commenta : « Hommes doués de force dans l’obéissance à Allah et de clairvoyance dans la connaissance du commandement d’Allah » (4). Et Qatâda ainsi que Mujâhid ont dit : « Ils reçurent la force pour adorer et la clairvoyance pour comprendre la religion » (5).