Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Tel est donc le critère décisif, la ligne de démarcation qui les distingue de la catégorie précédente ; car ceux-ci se laissent mener par n’importe quel héraut et par quiconque (1) se joint à eux. À leur sujet, ʿAlî ibn Abî Tâlib a dit : « Suiveurs du premier crieur venu, ils penchent du côté de chaque voix (2) ; ils ne se sont pas éclairés à la lumière du savoir et n’ont pas cherché refuge auprès d’un appui solide » (3).

Voilà le signe manifeste du manque de clairvoyance : tu le vois trouver agréable une chose et son contraire, louer un propos puis l’attaquer aussitôt qu’il lui parvient sous une forme qu’il ne reconnaît pas ; il exalte l’obéissance au Messager et juge très grave de s’y soustraire, alors qu’il est, en réalité, l’un des pires à lui désobéir, à nier ce qu’il a affirmé et à combattre ceux qui font vivre sa Sunna. Tout cela procède de l’absence de clairvoyance.

Quant aux membres de la troisième catégorie, toute leur action repose justement sur la clairvoyance, et c’est en fonction d’elle que varient leurs rangs dans les degrés de l’excellence. L’un des Anciens, évoquant les premiers prédécesseurs, déclara : « S’ils ont devancé les autres, c’est qu’ils œuvraient avec clairvoyance. »

Nul n’a reçu un bienfait supérieur à une clairvoyance dans la religion d’Allah, même s’il est défaillant dans l’action. Le Très-Haut dit : « Et rappelle-toi Nos serviteurs Abraham, Isaac et Jacob, hommes de grande force et de clairvoyance » (Coran 38, 45). Ibn ʿAbbâs commenta : « Hommes doués de force dans l’obéissance à Allah et de clairvoyance dans la connaissance du commandement d’Allah » (4). Et Qatâda ainsi que Mujâhid ont dit : « Ils reçurent la force pour adorer et la clairvoyance pour comprendre la religion » (5).

(1) Le ms. T lit « yaqrub » (rapproche), le ms. Q « yaqrin » (associe), et le terme est absent dans le ms. D. (2) Les mss. H et N portent : « maʿa kulli rih » (avec chaque vent). (3) Il s’agit d’un fragment de la tradition précédente, déjà commenté plus haut. (4) Les mss. T, H et N donnent « al-maʿrifa bi-Allah » (la connaissance d’Allah). La tradition est rapportée dans un sens proche par al-Tabari, XXI, 215, et citée de manière muʿallaq par al-Bukhari ; cf. Ibn Hajar, Taghliq al-taʿliq, IV, 296. (5) Rapporté par al-Tabari, XXI, 216.
وهذا هو المِحَكُّ والفرقانُ بينهم وبين الذين قبلهم؛ فإنَّ أولئك بحسب داعِيهم ومن يقترنُ (١) بهم، كما قال فيهم عليُّ بن أبي طالب: «أتباعُ كلِّ ناعق، يميلون مع كلِّ صائح (٢)، لم يستضيئوا بنور العلم، ولم يلجؤوا إلى ركنٍ وثيق» (٣). وهذا علامةُ عدم البصيرة؛ أنك تراه يستحسنُ الشيءَ وضدَّه، ويمدحُ الشيءَ ويذمُّه بعينه إذا جاء في قالبٍ لا يعرفُه، فيعظِّمُ طاعة الرسول ويرى عظيمًا مخالفتَه، ثمَّ هو من أشدِّ النَّاس مخالفةً له، ونفيًا لما أثبته، ومعاداةً للقائمين بسنَّته، وهذا من عدم البصيرة. فهذا القسمُ الثَّالث إنما عملُهم على البصائر، وبها تفاوُت مراتبهم في درجات الفضل، كما قال بعض السَّلف ــ وقد ذَكَر السَّابقين فقال: «إنما كانوا يعملون على البصائر». وما أوتي أحدٌ أفضل من بصيرةٍ في دين الله، ولو قصَّر في العمل؛ قال تعالى: ﴿وَاذْكُرْ عِبَادَنَا إِبْرَاهِيمَ وَإِسْحَاقَ وَيَعْقُوبَ أُولِي الْأَيْدِي وَالْأَبْصَارِ﴾ [ص: ٤٥]، قال ابنُ عبَّاس: «أولي القوَّة في طاعة الله، والأبصار في المعرفة في أمر الله» (٤). وقال قتادةُ ومجاهد: «أُعطُوا قوَّةً في العبادة وبصرًا في الدِّين» (٥).
(١) (ت): «يقرب». (ق): «يقرن». ومهملة في (د). (٢) (ح، ن): «مع كل ريح». (٣) جزءٌ من الأثر السابق. وقد تقدم الكلام عليه. (٤) (ت، ح، ن): «المعرفة بالله». والأثر أخرجه بنحوه الطبري (٢١/ ٢١٥). وعلَّقه البخاري. انظر: «تغليق التعليق» (٤/ ٢٩٦). (٥) أخرجه الطبري (٢١/ ٢١٦).

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