et qu’Il lui restitue ce sans quoi il ne saurait vivre. Allah sut alors qu’il était bien l’élu pour ce à quoi Il l’avait destiné ; Il lui rendit donc ce dont il avait le plus grand besoin. Sa joie s’en trouva énorme, son délice parfait, son bienfait accompli (1), son allégresse ininterrompue. Il prit alors la mesure de ce don, s’y cramponna de toutes ses dents, le tint serré entre ses doigts. Son état ressemblait à celui de l’homme qui, dans un désert mortel, a perdu sa monture portant sa nourriture et sa boisson, puis la retrouve après avoir contemplé la mort ; combien précieuse est à ses yeux une telle retrouvaille !
Or Allah possède des secrets, des sagesses, des rappels et des éclaircissements que les esprits humains ne sauraient saisir.
Dis donc à ce cœur endurci : « Malheur à toi ! Ce lieu n’est pas ton nid ; glisse-toi donc ailleurs et va chercher ton vieux nid délabré.
Et ne sois pas de ceux qui tendent le bras vers un fruit ; puis, n’ayant pu l’atteindre, déclarent : “Il n’est, de toute façon, pas à point.” » (2)
Ainsi, lorsque le serviteur, après avoir goûté l’intimité, est touché d’un peu de solitude, lorsque, après la proximité, il est brûlé par le feu de l’éloignement (3), son âme se languit de la douceur de cette relation ; elle soupire, gémit, implore (4) et se tourne vers les effluves de Celui auprès de qui il n’est pour elle aucun substitut, surtout lorsqu’elle se rappelle Sa générosité, Sa douceur, Sa tendresse et Sa proximité. Ce souvenir l’empêche alors de se fixer et réveille en elle les tourments cachés (5), ainsi que l’a dit le poète — ayant manqué le tawâf d’adieu, il brava les dangers et y retourna — :
« Lorsque je me suis rappelé les demeures du sanctuaire,
sans pouvoir adresser le salut du voyageur qui part,
j’ai su que la vie ne me serait d’aucun profit
si je ne les revoyais pas au jour convenu. » (6)