Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

et celui qui, parmi les gens, ne connaît pas le mal y succombe. (1)

Telle est l’attitude du croyant : il se montre perspicace et avisé, le plus instruit des hommes au sujet du mal et, par là même, le plus éloigné de celui-ci. Lorsqu’il traite du mal et de ses causes, on le croirait au nombre des pires individus ; mais dès que tu le fréquentes et découvres le fond de son cœur, tu le trouves parmi les plus vertueux.

L’essentiel est que quiconque a été éprouvé par des fléaux devient l’un des mieux informés sur leurs voies ; il lui est alors possible de les barrer devant lui-même, devant ceux qui sollicitent ses conseils et même devant ceux qui ne les sollicitent pas. (2)

Section

Parmi ces sagesses, il y a le fait qu’Allah – exalté soit-Il – fait goûter à Son serviteur la douleur du voile, l’éloignement et la disparition de l’intimité et de la proximité, afin de le mettre à l’épreuve.

Si le serviteur se satisfait de cet état, sans sentir son âme le réclamer à retrouver sa condition première auprès d’Allah, et qu’il trouve plutôt quiétude et repos auprès d’un autre que Lui, Allah sait alors qu’il n’est pas apte ; Il le place donc au rang qui lui convient.

En revanche, s’il implore à la manière de l’angoissé, s’agite comme l’opprimé (3), invoque le Seigneur comme un contraint, conscient d’avoir réellement perdu sa vie (4), il s’écrie vers son Seigneur pour qu’Il lui rende la vie,

(1) Ces deux vers sont d’Abou Firas ; on les lit dans son Dîwân, p. 369 ; dans la Yatîma, t. 1, p. 84 ; et dans la Ḥamâsa al-maghribiyya, p. 1253. Ils figurent aussi, sans attribution, dans de nombreuses autres sources. (2) Les manuscrits Ḥ et N portent : « et sur ceux qui l’ont accompagné parmi les gens aussi bien que sur ceux qui ne l’ont pas accompagné ». (3) Lecture conforme aux manuscrits. Le mot taqalluqu est une forme intensive dérivée de qalaq (l’anxiété), au même titre que tafazzuʿ (l’effroi). Il n’est enregistré par aucun dictionnaire. Ibn Qalâqis (m. 567 H) écrit : « C’était une position élevée dont je guettais l’ascension ; elle s’est effondrée, et l’inquiétude est devenue mon pain quotidien. » (4) Conformément aux manuscrits, le verbe est au masculin, comme dans le verset : « Une preuve vous est certes venue de votre Seigneur » (Coran).
ومن لا يَعْرِف الشَّرَّ ... من النَّاسِ يَقَعْ فيهِ (١) وهذه حالُ المؤمن؛ يكونُ فَطِنًا حاذقًا، أعرَف النَّاس بالشرِّ، وأبعدَهم منه، فإذا تكلَّم في الشرِّ وأسبابه ظننتَه مِنْ شرِّ النَّاس، فإذا خالطتَه وعرفتَ طويَّته رأيتَه من أبرِّ النَّاس. والمقصودُ أنَّ من بُلي بالآفات صار من أعرف النَّاس بطرقها، وأمكنه أن يسدَّها على نفسه وعلى من استنصحه من النَّاس ومن لم يستنصحه (٢). فصل ومنها: أنه سبحانه يذيقُ عبدَه ألمَ الحجاب عنه، والبُعد، وزوال ذلك الأُنس والقُرب؛ ليمتحن عبدَه: فإن أقام على الرِّضا بهذه الحال، ولم يجد نفسَه تطالبُه بحالها الأوَّل مع الله، بل اطمأنت وسكنت إلى غيره= عَلِم أنه لا يصلُح، فوضعه في مرتبته التي تليقُ به. وإن استغاث استغاثة الملهوف، وتقلَّق تقلُّق المكروب (٣)، ودعا دعاء المضطرِّ، وعَلِم أنه قد فاته حياتُه (٤) حقًّا، فهو يهتفُ بربِّه أن يردَّ عليه حياته،
(١) البيتان لأبي فراس، في ديوانه (٣٦٩)، و «اليتيمة» (١/ ٨٤)، و «الحماسة المغربية» (١٢٥٣). ودون نسبة في مصادر كثيرة. (٢) (ح، ن): «وعلى من استصحبه من الناس ومن لم يستصحبه». (٣) كذا في الأصول. والتقلُّق تفعُّلٌ من القَلَق، كالتفزُّع. ولم تذكره المعاجم. قال ابن قلاقس (ت: ٥٦٧): هو راتبٌ قد كنتُ أرقبُ نجمَه ... فهوى وقد جعل التقلُّقَ راتبي (٤) كذا في الأصول، بتذكير الفعل، كقوله تعالى: ﴿فَقَدْ جَاءَكُمْ بَيِّنَةٌ مِنْ رَبِّكُمْ﴾.

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