Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

C’est pourquoi les Compagnons furent la communauté la plus savante en matière d’islam, de ses détails, de ses chapitres et de ses voies ; les plus empressés à s’y engager, les plus épris de lui, les plus déterminés à lutter contre ses ennemis, les plus prompts à proclamer ses signes distinctifs et à mettre en garde contre toute opposition, parce qu’ils possédaient une connaissance complète de ce qui lui est contraire. L’islam leur était en effet parvenu avec chaque qualité opposée à chacune des leurs d’alors ; ils en acquirent donc une science et un amour accrus ainsi qu’une ardeur renforcée à le défendre, précisément grâce à la connaissance qu’ils avaient de son contraire.

Tel est l’exemple d’un homme longtemps confiné dans l’étroitesse, la gêne, la maladie, la pauvreté, la peur et la solitude ; puis Allah lui dépêche quelqu’un qui le transporte vers un espace ouvert, la largesse, la sécurité, la santé, la richesse, l’éclat et la joie. Sa réjouissance, sa satisfaction et son attachement pour l’état où il a été conduit s’accroissent à proportion de la conscience qu’il garde de la situation qu’il a quittée.

La condition de cet homme n’est pas comparable à celle de celui qui est né dans la sécurité, la santé, l’aisance et l’allégresse : celui-ci n’a jamais goûté autre chose. Il se peut même que (1) des facteurs se conjuguent pour l’en faire sortir vers l’opposé sans qu’il ne s’en rende compte ; il peut encore croire que bien des causes de perdition et de ruine le mèneront à la paix, à la sécurité et au bien-être, de sorte que sa perte viendra de sa propre main sans qu’il s’en aperçoive. Combien nombreux sont, parmi les hommes, ceux de cette catégorie !

Ainsi, lorsque quelqu’un connaît les deux contraires, saisit l’opposition entre les deux extrêmes (2) et identifie en détail les causes de la perdition, il a davantage de chances de voir le bienfait se maintenir tant qu’il ne préfère pas sciemment les causes de sa disparition. C’est en ce sens qu’un poète a dit :
« J’ai appris à connaître le mal, non par amour du mal,
mais afin de pouvoir m’en préserver. »

(1) Le manuscrit N lit «iqtadat» («a exigé»). (2) Les manuscrits T et Q portent «al-tariqayn» («les deux voies»).
ولهذا كان الصَّحابةُ أعرفَ الأمَّة بالإسلام وتفاصيله وأبوابه وطرقه، وأشدَّ النَّاس رغبةً فيه، ومحبةً له، وجهادًا لأعدائه، وتكلُّمًا بأعلامه، وتحذيرًا من خلافه؛ لكمال علمهم بضدِّه، فجاءهم الإسلامُ كلُّ خصلةٍ منه مضادَّةٌ لكلِّ خصلةٍ مما كانوا عليه، فازدادوا له معرفةً وحبًّا، وفيه جهادًا؛ بمعرفتهم بضدِّه. وذلك بمنزلة من كان في حَصَرٍ شديدٍ وضيقٍ ومرضٍ وفقرٍ وخوفٍ ووَحْشَة، فقيَّض الله له من نقله منه إلى فضاءٍ وسَعةٍ وأمنٍ وعافيةٍ وغِنًى وبهجةٍ ومسرَّة، فإنه يزدادُ سرورُه وغِبطتُه ومحبتُه بما نُقِل إليه بحسب معرفته بما كان فيه. وليس حالُ هذا كمن وُلِد في الأمن والعافية والغِنى والسُّرور، فإنه لم يشعُر بغيره، وربما قُيِّضت (١) له أسبابٌ تخرجُه عن ذلك إلى ضدِّه وهو لا يشعُر، وربما ظنَّ أنَّ كثيرًا من أسباب الهلاك والعَطب تفضي به إلى السَّلامة والأمن والعافية، فيكون هلاكُه على يَدَي نفسه وهو لا يشعُر. وما أكثر هذا الضَّربَ من النَّاس! فإذا عَرَف الضدَّين، وعَلِم مباينةَ الطَّرفين (٢)، وعَرَف أسبابَ الهلاك على التفصيل، كان أحرى أن تدُوم له النِّعمة، ما لم يُؤْثِر أسبابَ زوالها على عِلم، وفي مثل هذا قال القائل: عرفتُ الشَّرَّ لا للشَّرْ ... رِ لكنْ لِتَوقِّيهِ
(١) (ن): «اقتضت». (٢) (ت، ق): «الطريقين».

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