Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

par les mots ; on ne les perçoit qu’en les vivant. L’âme en retire alors une proximité toute particulière qu’elle n’aurait jamais obtenue sans ces causes ; le serviteur se sent comme déposé au seuil de son Maître après avoir été loin de Lui. De là mûrit pour lui la parole : « Allah aime ceux qui se repentent », et le hadith : « Allah se réjouit davantage du repentir de Son serviteur » (1).
Les arcanes de cet aspect dépassent ce que le cœur et la langue peuvent contenir ; peut-être, dans la seconde partie de l’ouvrage, trouveras-tu de quoi réjouir ton regard, si Allah le veut (2).
Vois la distance qu’il y a entre l’adoration d’un homme imbu de lui-même devant son Seigneur, le nez haut levé : chaque fois qu’on lui rappelle les attributs du serviteur (3), les images de ses propres œuvres se dressent en lui et le voilent de l’Adoré ; et l’adoration de celui dont le cœur a été brisé de bout en bout par l’humilité (4), qui a consumé en lui toute vanité, toute sottise et toute chimère. Celui-là ne se voit auprès d’Allah que comme un fautif, et ne voit son Seigneur envers lui que bienfaisant ; il ne s’agrée (5) pas lui-même pour Allah ne fût-ce qu’un clin d’œil. Le mépris qu’il entretient de sa propre personne (6) a brisé son cœur, dompté sa langue et ses membres, abaissé en lui ce qui, chez les autres, cherche à s’élever. Son cœur se tient devant son Seigneur, tête inclinée, humble, le regard baissé, la voix pleine de recueillement (7)

(1) Le ḥadith se trouve dans les deux Ṣaḥīḥ et a été cité un peu plus haut. (2) Voir l’introduction, à propos du plan de l’ouvrage. (3) Les manuscrits D, Q, N et T portent : « chaque fois qu’il le lui demande ». (4) Le manuscrit Ḥ lit : « toute brisure ». (5) Les manuscrits D et T lisent « yara » (« il voit »). Dans la marge de D figure « probablement : yarda » (« il agrée »). Le copiste de Q, n’y prenant pas garde, a écrit « yarda yara ». Les copies Ḥ et N donnent au contraire : « la yara nafsahu ṭarfata ʿayn » (« il ne se considère pas lui-même l’espace d’un clin d’œil »). Le texte adopté est celui reproduit ici ; cf. Madārij al-sālikīn, 2/94. (6) Le manuscrit N lit : « izdirāʾuhu » (« son mépris »). (7) Les manuscrits D, T et Q donnent « khāshiʿ » (« humble »), tandis que N lit « khāshiʿ khāḍiʿ » (« humble et soumis »).
العِبارة، وإنما يُدْرَكُ بوجوده، فيحصُل للرُّوح بذلك قُربٌ خاصٌّ لم يكن يحصُل بدون هذه الأسباب، ويجدُ العبدُ من نفسه كأنه مُلقًى على باب مولاه بعد أن كان نائيًا عنه، وهذا الذي أثمَر له: ﴿إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ التَّوَّابِينَ﴾، وهو ثمرة: «لَلَّهُ أفرحُ بتوبة عبده» (١). وأسرارُ هذا الوجه يضيقُ عنها القلبُ واللسان، وعسى أن يجيئك في القسم الثَّاني من الكتاب ما تقرُّ به عينُك إن شاء الله تعالى (٢). فكم بين عبادة مُدِلٍّ على ربِّه بعبادته، شامخٍ بأنفه، كلَّما طُلِبَت منه (٣) أوصافُ العبد قامت صُوَرُ تلك الأعمال في نفسه فحجبَته عن معبوده وإلهه، وبين عبادة من قد كَسَرَ الذلُّ قلبَه كلَّ الكَسْر (٤)، وأحرَق ما فيه من الرُّعونات والحماقات والخيالات، فهو لا يرى نفسَه مع الله إلا مسيئًا، كما لا يرى ربَّه إليه إلا محسنًا؛ فهو لا يرضى (٥) نفسَه لله طرفةَ عين؛ قد كَسَرَ إزراؤه (٦) على نفسه قلبَه، وذلَّل لسانَه وجوارحَه، وطأطأ منه ما ارتفع من غيره، فقلبُه واقفٌ بين يدي ربِّه وقوفَ ناكسِ الرَّأس، خاضعٍ (٧) غاضِّ البصر، خاشع الصَّوت،
(١) والحديث في الصحيحين، وقد تقدم قريبًا. (٢) انظر ما كتبناه في المقدمة حول تقسيم الكتاب. (٣) (د، ق، ن، ت): «كلما طلب منه». (٤) (ح): «كل الكسرة». (٥) (د، ت): «يرى». وفي طرة (د): «لعله: يرضى». ولم يتنبه ناسخ (ق)، فجعلها: «يرضى يرى». والعبارة في (ح، ن): «لا يرى نفسه طرفة عين». والصواب المثبت. وانظر: «مدارج السالكين» (٢/ ٩٤). (٦) (ن): «ازدراؤه». (٧) (د، ت، ق): «خاشع». (ن): «خاشع خاضع».

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