par les mots ; on ne les perçoit qu’en les vivant. L’âme en retire alors une proximité toute particulière qu’elle n’aurait jamais obtenue sans ces causes ; le serviteur se sent comme déposé au seuil de son Maître après avoir été loin de Lui. De là mûrit pour lui la parole : « Allah aime ceux qui se repentent », et le hadith : « Allah se réjouit davantage du repentir de Son serviteur » (1).
Les arcanes de cet aspect dépassent ce que le cœur et la langue peuvent contenir ; peut-être, dans la seconde partie de l’ouvrage, trouveras-tu de quoi réjouir ton regard, si Allah le veut (2).
Vois la distance qu’il y a entre l’adoration d’un homme imbu de lui-même devant son Seigneur, le nez haut levé : chaque fois qu’on lui rappelle les attributs du serviteur (3), les images de ses propres œuvres se dressent en lui et le voilent de l’Adoré ; et l’adoration de celui dont le cœur a été brisé de bout en bout par l’humilité (4), qui a consumé en lui toute vanité, toute sottise et toute chimère. Celui-là ne se voit auprès d’Allah que comme un fautif, et ne voit son Seigneur envers lui que bienfaisant ; il ne s’agrée (5) pas lui-même pour Allah ne fût-ce qu’un clin d’œil. Le mépris qu’il entretient de sa propre personne (6) a brisé son cœur, dompté sa langue et ses membres, abaissé en lui ce qui, chez les autres, cherche à s’élever. Son cœur se tient devant son Seigneur, tête inclinée, humble, le regard baissé, la voix pleine de recueillement (7)