Le premier état est l’état animal, bestial : celui qui s’y trouve ne perçoit que le plaisir qu’il y goûte ; à ce stade, il se tient au même rang que les autres bêtes, et il peut même les dépasser (1) par l’intensité et la profusion de ses jouissances.
Le deuxième état est celui du jabr (contrainte absolue) : l’agent, pense-t-il, n’est pas lui-même ; un autre le meut, si bien qu’il ne se reconnaît aucune faute. Tel est l’état des polythéistes et des adversaires des messagers.
Le troisième état est celui du qadar mal compris : l’individu s’imagine créateur de son propre acte, le produisant sans la volonté (2) ni la création d’Allah. C’est là l’état de la qadariyya d’inspiration mazdéenne.
Le quatrième état est celui des gens de science et de foi : il allie la considération du décret et de la Loi ; l’homme y voit à la fois son action et la décision ainsi que la prédestination divines, comme nous l’avons exposé plus haut.
Le cinquième état est celui de la pauvreté, de l’indigence, de l’impuissance et de la faiblesse : il sait que, si Allah (3) ne l’assiste, ne l’affermit et ne lui accorde la réussite, il est perdu. La différence entre cet état (4) et celui des jabrites est manifeste.
Le sixième état est celui de l’unicité (tawḥîd) : on y contemple la singularité d’Allah – qu’Il soit exalté – dans la création et l’invention des êtres, la toute-puissance de Sa volonté, et l’incapacité totale des créatures à Lui désobéir sans qu’Il ne le veuille.