s’il en vient néanmoins à commettre la faute, il la commet comme un être humilié, brisé, soumis à son Seigneur et plein de crainte envers Lui ; dans sa poitrine s’affrontent le désir de l’âme qui l’entraîne vers la faute et l’aversion (1) qu’éprouve la foi à son égard. Tantôt il obéit à l’appel de l’âme, tantôt à celui de la foi (2).
Quant à celui qui a posé en principe de ne se garder d’aucun péché (3), de ne faire passer aucune crainte avant ses désirs, de ne rien abandonner pour Allah, heureux et réjoui, riant à gorge déployée dès qu’il triomphe du péché, c’est pour lui que l’on redoute qu’un voile ne s’interpose entre lui et la repentance, qu’il ne soit pas assisté pour y parvenir. Car, pour ses péchés et ses turpitudes, il perçoit un paiement comptant, immédiat et anticipé, tandis que sa repentance, son retour à Allah, constituent pour lui une dette différée jusqu’à l’expiration du terme.
Si cette catégorie de gens se voit, le plus souvent, barrer la voie de la repentance, c’est parce que se détourner des plaisirs et des passions pour aller à l’encontre de la nature et de l’âme – et persévérer dans cette voie – est extrêmement pénible pour l’âme, plus lourd que des montagnes, surtout lorsque viennent s’y ajouter l’absence de clairvoyance et le peu de part que l’on a dans la foi. Leur âme ne se laisse pas (4) convaincre d’échanger du comptant contre du crédit, ni l’immédiat contre le différé, comme le disait l’un d’eux à qui l’on demanda : « Que préfères-tu : un dirham aujourd’hui ou un dinar demain ? » Il répondit : « Ni l’un ni l’autre, mais un quart de dirham d’avant-hier ! »
Il est donc impossible à ceux-là d’être guidés vers la repentance, sauf si Allah en décide autrement.