Parmi les bienfaits les plus étonnants qui aient été accordés à l’homme figure l’oubli : sans lui, jamais il ne se serait distrait de rien (1), aucun regret ne se serait éteint, aucune affliction ne lui aurait apporté de réconfort, nul chagrin ne serait mort, aucune rancune ne se serait dissipée ; il ne pourrait goûter à aucun agrément de ce bas monde tout en se remémorant sans cesse les fléaux qui l’accompagnent, pas plus qu’il n’espérerait une défaillance de son ennemi ni un répit (2) de la part de celui qui le jalouse.
Réfléchis donc au bienfait qu’Allah lui accorde (3) dans la faculté de retenir et dans celle d’oublier : bien qu’opposées l’une à l’autre, Il a placé (4) dans chacune d’elles une forme (5) d’utilité.
Avertissement : médite cette disposition exclusive à l’être humain – le ḥayâ’ (pudeur) –, l’une des plus nobles, des plus éminentes, des plus précieuses et des plus profitables vertus. Elle constitue à proprement parler le sceau de l’humanité ; quiconque en est dépourvu ne conserve de celle-ci que chair, sang et apparence extérieure, sans la moindre part de bien.
Sans cette vertu, nul hôte ne serait honoré, aucune promesse ne serait tenue, aucun dépôt ne serait restitué, le besoin de personne ne serait satisfait ; l’homme ne rechercherait pas ce qui est beau pour le préférer ni ne s’écarterait de ce qui est vil (6),