Ils ont répondu : « Nous ne prétendons pas, comme certains l’ont affirmé, qu’ils soient dans le Feu ; le Seigneur du Feu n’y fait entrer personne sans péché (1), or ceux-ci n’ont commis aucun péché.
Il en va de même pour la question des enfants (2) ; les polémiques engagées de part et d’autre à ce sujet ne sont pas à exposer ici (3).
On leur a donc opposé un argument auquel ils n’ont pas de réponse : la souffrance infligée aux enfants des mécréants dont il est décrété qu’ils atteindront l’âge de raison puis mourront dans l’incrédulité. Cette souffrance n’appelle assurément aucun dédommagement et ne saurait être tenue pour une punition de la mécréance, car la sanction ne précède jamais la faute ni ne saurait être anticipée.
Ils se trouvèrent dès lors désemparés, leurs fondements théoriques vacillèrent, et ils ne produisirent rien qui puisse satisfaire la raison.
— Une troisième faction a déclaré : « Si l’auteur de cette question la méditait, il constaterait qu’elle est dénuée de portée et que chercher absolument à y répondre revient à imposer ce qui n’est pas requis. En effet, ces douleurs, leurs suites et leurs causes (4) font partie intégrante de la condition humaine, dont l’homme n’a pas été créé pour être dissocié. Elles sont semblables à la chaleur et au froid, à la faim et à la soif, à la fatigue et à l’épuisement, à l’inquiétude et à l’anxiété, à la faiblesse et à l’impuissance. Interroger la sagesse qui les sous-tend revient à s’interroger sur la raison d’être du besoin de manger quand on a faim, de boire quand on a soif, ou de dormir et se reposer quand on est las ; ces souffrances relèvent de la condition humaine dont l’homme ne peut se départir et ne…"}