, ou une seule et même gorge (1).
La sagesse suprême qui préside à cela veut que les hommes puissent se reconnaître les uns les autres par leurs personnes et leurs signes distinctifs (2), en raison des transactions qui les lient. Sans la différenciation et la variété des physionomies, leurs affaires se corrompraient, leur ordre social se disloquerait ; on ne saurait plus distinguer le témoin de la partie contre laquelle il dépose, le débiteur de son créancier, le vendeur de l’acheteur ; un homme ne reconnaîtrait plus son épouse (3) au milieu de la foule (4), ni celle-ci son mari. Voilà qui entraînerait la pire des corruptions et le plus grand des désordres.
Qui donc a différencié leurs marques distinctives, leurs visages, leurs constitutions (5) et leurs voix, en les séparant par des nuances qu’aucune langue ne saurait exprimer et qu’aucune description ne peut saisir ?
Interroge donc le négateur : est-ce là l’œuvre de la nature ? La nature possède-t-elle la capacité de produire une telle diversité et une telle disparité (6) au sein d’une même espèce ?
Et que devient alors l’affirmation des naturalistes selon laquelle ses actes seraient uniformes, puisqu’elle serait une en elle-même, n’agissant ni par volonté ni par choix, de sorte qu’il ne pourrait exister de divergence dans ses effets ? Comment le négateur concilie-t-il ces deux thèses ? – « Ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais bien les cœurs qui sont dans les poitrines » (Le Pèlerinage, 46).