Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Cette divergence s’appuie sur un autre principe : quelle des deux facultés est la plus parfaite, l’ouïe ou la vue ? Nous avons déjà exposé, plus haut dans cet ouvrage (1), la controverse à ce sujet, cité les avis des savants, leurs arguments ainsi que l’examen critique de la question (2). Or, parmi ces deux facultés, celle qui est la plus parfaite rend d’autant plus grave le préjudice qu’engendre son absence.

Il convient donc de dire : celui qui est privé de la vue subit le dommage le plus sévère, mais il est aussi le mieux préservé dans sa religion et le plus heureux quant à son issue finale. Celui qui est privé de l’ouïe, en revanche, éprouve un moindre préjudice dans sa vie d’ici-bas, mais il demeure le plus ignorant de sa religion et connaît la pire destinée. En effet, lorsqu’il perd l’audition, il est privé d’exhortations et de conseils, les portes des sciences utiles se ferment devant lui, tandis que s’ouvrent (3) les voies des passions que la vue perçoit, sans qu’aucun savoir ne vienne les refréner ; son dommage dans la religion est donc plus grand, tandis que celui de l’aveugle touche surtout sa vie terrestre.

C’est pourquoi il ne se trouvait aucun sourd parmi les Compagnons, alors que plusieurs d’entre eux étaient aveugles ; il est rare qu’Allah éprouve Ses alliés par la surdité, alors qu’Il en éprouve beaucoup par la cécité.

Tel est le verdict définitif sur la question : la surdité nuit essentiellement à la religion, la cécité à la vie d’ici-bas. Est véritablement sauvé celui qu’Allah a protégé de l’une et de l’autre, qu’Il a gratifié de son ouïe et de sa vue et les lui a conservées jusqu’à la fin (4).

(1) Voir p. 288-292. (2) Les manuscrits ḥ et n portent : « wa-adillatu at-taḥqiq fî dhâlik » (et les preuves décisives à ce sujet). (3) Variante : mss. ḥ et n : « wa-iṭṭaḍaḥa lahu » (et la chose s’éclaira pour lui) ; mss. q et t : « wanfataḥa lahu » (et il s’ouvrit à lui). (4) Autrement dit, il a voulu que la vue (ou le sens mentionné, ouïe ou vue) soit le dernier à disparaître, de sorte qu’il en profite jusqu’à la séparation de son âme ; il devient ainsi l’« héritier » de ses autres membres, demeurant après eux. Voir : al-Khattâbî, Gharîb al-ḥadîth, 1/343 ; Nawâdir al-uṣûl, 3/105.
وهذا مبنيٌّ على أصلٍ آخر؛ وهو: أيُّ الصِّفتين أكمل: صفةُ السَّمع أو صفةُ البصر؟ وقد ذكرنا الخلافَ فيهما فيما تقدَّم من هذا الكتاب (١)، وذكرنا أقوال النَّاس وأدلَّتهم والتَّحقيقَ في ذلك (٢)، فأيُّ الصِّفتين كانت أكمل فالضررُ بعدمها أقوى. والذي يليقُ بهذا الموضع أن يقال: عادمُ البصر أشدُّهما ضررًا، وأسلمُهما دِينًا، وأحمدُهما عاقبة، وعادمُ السَّمع أقلُّهما ضررًا في دنياه، وأجهلُهما بدينه، وأسوؤهما عاقبة؛ فإنه إذا عَدِم السَّمعَ عَدِم المواعظ والنَّصائح، وانسدَّت عليه أبوابُ العلوم النَّافعة، وانفتحت له (٣) طرقُ الشَّهوات التي يدركُها البصر، ولا ينالُه من العلم ما يكفُّه عنها، فضررُه في دينه أكثر، وضررُ الأعمى في دنياه أكثر. ولهذا لم يكن في الصَّحابة أطرش، وكان فيهم جماعةٌ أضرَّاء، وقلَّ أن يبتلي الله أولياءه بالطَّرَش، ويبتلي كثيرًا منهم بالعمى. هذا فصلُ الخطاب في هذه المسألة؛ فمضرَّةُ الطَّرَش في الدِّين، ومضرَّةُ العمى في الدنيا، والمعافى من عافاه الله منهما ومتَّعه بسمعه وبصره وجَعَله الوارثَ منه (٤).
(١) (ص: ٢٨٨ - ٢٩٢). (٢) (ح، ن): «وأدلة التحقيق في ذلك». (٣) (ح، ن): «واتضح له». (ق، ت): «وانفتح له». (٤) أي: جعل البصر (أو المذكور، من السمع والبصر) آخرَ ما يخرجُ منه، فيبقى ممتَّعًا به إلى أن تفارقه روحُه؛ فيكون هو الوارث لجوارحه، الباقي بعدها. انظر: «غريب الحديث» للخطابي (١/ ٣٤٣)، و «نوادر الأصول» (٣/ ١٠٥).

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