Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

supporte l’épreuve avec patience et vise le Paradis.

Dans Sa bienveillance parfaite, Allah a reflété (1) la lumière de sa vue vers sa clairvoyance intérieure : il est ainsi l’homme le plus pénétrant par la perspicacité et l’intuition ; Il a, de plus, recentré sur elle toutes ses préoccupations, si bien que son cœur demeure rassemblé, sans dispersion, afin que sa vie lui soit douce et que son intérêt soit pleinement assuré ; qu’on ne s’imagine donc pas (2) qu’il soit accablé, triste ou plein de regrets.

Tel est le cas de celui qui naît aveugle.

Quant à celui qui perd la vue après avoir vu, il se trouve dans la situation ordinaire des gens éprouvés qui passent de la santé au malheur : la tribulation est pour lui sévère, car on l’a séparé de tout ce à quoi il était accoutumé – visions, images et toutes les façons de profiter de sa vue ; son cas relève donc d’une autre appréciation.

Il en va de même pour celui qui est privé d’ouïe : il perd l’âme même du dialogue et de l’échange, se trouve privé du plaisir de la conversation et de l’harmonie des voix mélodieuses ; la gêne devient grande pour les gens lorsqu’ils veulent s’adresser à lui (3) et ils finissent par s’en lasser ; il n’entend rien des nouvelles ni des propos des hommes, demeurant parmi eux présent comme absent, vivant comme mort, proche comme lointain.

Les penseurs ont divergé pour savoir lequel des deux est le plus proche (4) de la perfection et voit ses affaires le moins perturbées : l’aveugle ou le sourd ? (5) Ils ont, à ce sujet, avancé diverses considérations (6).

(1) Variante du manuscrit H : «ʿaṭf». (2) Variante du manuscrit H : «wa lâ yaẓunn» («et qu’il ne pense pas»). (3) Variante du manuscrit Ḍ : «muḥāwaratuhu» («sa discussion»). (4) Variante du manuscrit T : «afḍal wa aqrab» («meilleur et plus proche»). (5) Le terme ṭaraš désigne la surdité, ou, selon certains, une forme atténuée de surdité ; mot généralement tenu pour post-classique (muwallad), bien que d’autres le considèrent d’origine arabe. Cf. al-Muʿarrab d’al-Jawālīqī, p. 272 ; Tāj al-ʿArūs, s.v. ṭaraš. (6) Voir Abû Ḥayyân al-Tawḥîdî, al-Baṣāʾir wa-l-Dhakhāʾir, t. 7, p. 227.
صبر واحتسبَ الجنَّة. ومن كمال لطفه أنْ عَكَس (١) نورَ بصره إلى بصيرته، فهو أقوى النَّاس بصيرةً وحَدْسًا، وجمع عليه همَّه، فقلبُه مجموعٌ عليه غيرُ مشتَّت؛ ليَهْنَأ له العيش، وتتمَّ مصلحتُه، فلا يُظنَّ (٢) أنه مغمومٌ حزينٌ متأسِّف. هذا حكمُ من وُلِد أعمى. فأما من أصيبَ بعينيه بعد البصر، فهو بمنزلة سائر أهل البلاء المنتقلين من العافية إلى البليَّة، فالمحنةُ عليه شديدة؛ لأنه قد حِيل بينه وبين ما ألِفَه من المرائي والصُّور ووجوه الانتفاع ببصره؛ فهذا له حكمٌ آخر. وكذلك من عَدِم السَّمع؛ فإنه يفقدُ روحَ المخاطبة والمحاورة، ويَعْدَمُ لذَّة المذاكرة ونَغَمةَ الأصوات الشَّجيَّة، وتعظُم المؤنة على النَّاس في خطابه (٣)، ويتبرَّمون به، ولا يسمعُ شيئًا من أخبار النَّاس وأحاديثهم، فهو بينهم شاهدٌ كغائب، وحيٌّ كميِّت، وقريبٌ كبعيد. وقد اختلف النُّظَّارُ في أيهما أقربُ (٤) إلى الكمال وأقلُّ اختلالًا لأموره: الضريرُ أو الأطرش؟ (٥) وذكروا في ذلك وجوهًا (٦).
(١) (ح): «عطف». (٢) (ح): «ولا يظن». (٣) (ض): «محاورته». (٤) (ت): «أفضل وأقرب». (٥) الطَّرَشُ هو الصَّمم. وقيل: أهونُ الصَّمم. والكلمة مولَّدة، على المشهور. وقيل بعربيَّتها. انظر: «المعرب» للجواليقي (٢٧٢)، و «تاج العروس» (طرش). (٦) انظر: «البصائر والذخائر» (٧/ ٢٢٧).

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