par un sens (1).
Il plaça donc la vue en face des choses visibles, l’ouïe en face des sons, l’odorat en face des parfums de toutes sortes, le goût en face des qualités sapides, et le toucher en face des choses tangibles.
Quel objet perceptible resterait ainsi sans organe pour le saisir ? S’il s’était trouvé, parmi les réalités sensibles, quelque chose d’autre que celles-ci, Il t’aurait accordé pour elle un sixième sens.
Or, tout ce qui échappe à ces cinq-là ne se saisit que de l’intérieur ; c’est pourquoi Il t’a doté des sens internes. Ce sont ces « cinq » dont parlent aussi bien les gens du commun que les spécialistes lorsqu’ils disent d’un penseur absorbé : « Il a mêlé ses cinq à ses six. » Ses « cinq » désignent alors ses cinq sens, et ses « six » les six directions (2),
et par cette expression ils veulent dire que le cœur l’a happé et l’a fait cheminer à travers
(1) Dans le manuscrit Ḥ, on lit : «… à moins qu’il ne l’atteigne par l’un de ses sens».
(2) L’auteur – qu’Allah lui fasse miséricorde – propose ici une interprétation originale de l’expression proverbiale darb akhmas li-asdas («frapper des cinquièmes pour des sixièmes»), alors que les auteurs postérieurs l’emploient souvent hors contexte. À l’origine, ce proverbe, que les Arabes utilisent pour désigner la ruse et la tromperie, vient du vocabulaire des tours d’abreuvement des chameaux : quelqu’un fait croire que son tour est le sixième jour (les bêtes restent donc cinq jours sans eau) alors qu’il vise en réalité le cinquième. On raconte qu’un père, dont les fils gardaient le troupeau, fut dupé de la sorte : prétendant paître «au sixième», ils se contentaient du cinquième et profitaient d’un jour volé pour rejoindre leurs épouses ; puis, affirmant garder «au cinquième», ils passèrent au quatrième, et ainsi de suite. Ayant découvert la supercherie, le père déclama :
«Tel est un jeu de cinquièmes qu’on cherche à faire passer pour des sixièmes ;
puissent-ils ne jamais aboutir.»
Depuis, le dicton sert à qualifier toute manœuvre frauduleuse. De quelqu’un qui manque de finesse, on dit : «Il ne sait pas frapper des cinquièmes pour des sixièmes», c’est-à-dire qu’il ignore l’artifice. Voir : Jumhurat al-amthal, 2/4 ; al-Mustaqsa, 2/145 ; Fasl al-maqal, 1/105 ; Majmaʿ al-amthal, 1/283.