Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

nature : est-elle un être subsistant par lui-même, doté de science et de puissance pour accomplir ces actes prodigieux, ou bien n’est-elle rien de tel, mais seulement un accident, une qualité inhérente à ce qui la porte, dépendante de lui et contenue en lui ?

Si elle te répond : « Au contraire, c’est une entité autonome, pourvue d’un savoir parfait, de pouvoir, de volonté et de sagesse », dis-lui alors : « C’est là le Créateur, le Producteur, le Formateur ; pourquoi donc l’appelles-tu “nature” ?
— Par Allah (1), on se détourne (2) de l’invocation des “natures”. —

Pourquoi ne L’as-tu pas plutôt appelé comme Il S’est Lui-même nommé sur la langue de Ses messagers, et n’es-tu pas ainsi entré dans le rang des gens raisonnables et bienheureux ? Car ce que tu viens d’attribuer à la “nature” est précisément Sa description, à Lui, exalté soit-Il.

Et si elle t’objecte : « Non, la nature n’est qu’un accident porté par un support, tributaire de celui-ci ; tout cela est son œuvre sans qu’elle possède la moindre connaissance, volonté, puissance ou conscience ; nous n’en observons que les effets visibles », dis-lui : « Voilà ce qu’aucun esprit sain ne saurait admettre ! Comment des actes aussi étonnants et des sagesses aussi fines — qui dépassent l’entendement même des plus grands esprits (3), impuissants à les concevoir ou à les reproduire — pourraient-ils provenir d’un être dénué d’action, de puissance, de sagesse et de conscience ? Peut-on croire que… »

(1) Les manuscrits H et N donnent la leçon « wa-yâ lillâh » (ô Allah) ; elle est absente du témoin D. (2) Il s’agit d’un hémistiche attribué à Zurara b. Aʿyun, tiré de vers qui admettent la notion de *badâʾ* (révision divine du décret). Le premier hémistiche est : « wa kâna ka-dawʾin mushriqin bi-ṭabîʿatin » (« et c’était tel un éclat lumineux par nature »). Cf. al-Lumaʿ, al-Shîrâzî, p. 29 ; al-Iḥkâm, al-Âmidî, t. 3, p. 110 ; al-Wâḍiḥ, Ibn ʿAqîl, t. 4, p. 199, etc. Certains témoins lisent « narghab », d’autres « marghab ». L’édition de base a ajouté « fîhâ » après cet hémistiche ; la leçon manque dans D. (3) Le manuscrit T porte « taʿjazu al-ʿuqûl » (« les intelligences en sont incapables »).
الطَّبيعة، أهي ذاتٌ قائمةٌ بنفسها لها علمٌ وقدرةٌ على هذه الأفعال العجيبة، أم ليست كذلك، بل عَرَضٌ وصفةٌ قائمةٌ بالمطبوع تابعةٌ له محمولةٌ فيه؟ فإن قالت لك: بل مِنْ ذاتٍ قائمةٍ بنفسها، لها العلمُ التَّامُّ والقدرةُ والإرادةُ والحكمة. فقل لها: هذا هو الخالقُ الباراءُ المصوِّر، فلِمَ تسمِّينه طبيعةً؟! * وبالله (١) عن ذكر الطَّبائع يُرْغَبُ (٢) * فهلَّا سمَّيته بما سمَّى به نفسَه على ألسُن رسله، ودخلْت في جملة العقلاء والسُّعداء؛ فإنَّ هذا الذي وصفْت به الطَّبيعةَ صفتُه تعالى. وإن قالت لك: بل الطَّبيعةُ عَرَضٌ محمولٌ مفتقرٌ إلى حامل، وهذا كلُّه فعلُها بغير علمٍ منها ولا إرادةٍ ولا قدرةٍ ولا شُعورٍ أصلًا، وقد شُوهِد من آثارها ما شُوهِد. فقل لها: هذا ما لا يصدِّقُه ذو عقلٍ سليم، كيف تصدُر هذه الأفعالُ العجيبةُ والحِكَمُ الدَّقيقةُ التي تعجزُ عقولُ العقلاء (٣) عن معرفتها وعن القدرة عليها ممَّن لا فِعل له ولا قدرة ولا حكمة ولا شُعور؟! وهل التَّصديقُ
(١) (ح، ن): «ويا لله». ومهملة في (د). (٢) شطر بيت ينسبُ لزرارة بن أعين، من أبياتٍ يجوِّز فيها القول بالبداء. وصدره: * وكان كضوءٍ مشرقٍ بطبيعةٍ * انظر: «اللمع» للشيرازي (٢٩)، و «الإحكام» للآمدي (٣/ ١١٠)، و «الواضح» لابن عقيل (٤/ ١٩٩) وغيرها. وفي بعض المصادر: «نرغب»، وفي بعضها: «مرغب». وزيد في الأصول: «فيها» بعد الشطر، ووردت مهملة في (د). (٣) (ت): «تعجز العقول».

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