Puis, si tu étais né doté de raison et d’intelligence comme tu l’es à l’âge adulte, ta vie eût été gâchée de la façon la plus amère et la plus pénible : tu te verrais porté en nourrisson, enveloppé de chiffons, sanglé dans les langes (1), emprisonné (2) dans ton berceau, impuissant et faible, incapable d’entreprendre ce qu’accomplit le grand. Comment aurais-tu pu vivre en conservant ta pleine lucidité dans un tel état ?
De surcroît, tu n’aurais pas bénéficié de la douceur, de la délicatesse, de l’attrait pour les cœurs et de la miséricorde qu’inspire le nouveau-né ; tu aurais plutôt été la créature la plus revêche, la plus pesante, la plus pénible et la plus importune.
Le fait que tu sois entré dans ce monde ignorant (3), ne comprenant rien et ne sachant rien de l’état de ses habitants, relève de la pure sagesse, de la miséricorde et d’un soin bienveillant à ton égard : ainsi, tu abordes les choses avec un esprit encore faible et une connaissance incomplète ; puis la raison et le savoir ne cessent de croître en toi, peu à peu, jusqu’à ce que tu te familiarises avec les réalités, que tu t’y exerces, que tu sortes de la contemplation hésitante et de la perplexité qu’elles suscitent, et que tu les accueilles avec justesse dans leur usage, leur gestion et leur parfaite exécution.
Il existe, en cela même, bien d’autres facettes de sagesse que celles que nous avons déjà évoquées (4).
Qui donc est ce garant qui veille sur toi, posté comme une sentinelle (5), pour te faire parvenir tout ce qui t’est utile, agréable ou nécessaire au moment précis où tu en as besoin, sans jamais rien avancer avant l’heure ?