qu’on ne peut avaler qu’une fois découpés et broyés ?!
Et plus tu gagnais en vigueur et en désir d’inventer (1) de nouvelles façons de manger des mets variés, plus on augmentait ces instruments (2) à ton service, jusqu’à ce que paraissent les nâwâjidh et que tu puisses déchiqueter la viande, trancher le pain et briser ce qui est dur. Puis, lorsque ta force s’accrut encore, on y ajouta de nouveau, jusqu’à ce que viennent les ṭawâḥîn (3), derniers des molaires ; qui donc t’a assisté par ces instruments, t’en a secouru et, grâce à eux, t’a rendu maître (4) d’une telle diversité de nourritures ?!
Ensuite, Sa sagesse voulut que tu sortes du ventre de ta mère ne sachant rien : ignorant, dénué de raison, de compréhension et de science – et cela relevait de Sa miséricorde envers toi. Car, dans ta faiblesse, tu n’aurais pas supporté la raison, l’intelligence et la connaissance ; tu te serais déchiré et brisé. Il a donc fait naître tout cela en toi (5) peu à peu, par degrés : il ne t’en a pas saisi d’un seul coup, mais par petites touches successives, jusqu’à ce que tout se parfait en toi.
Considère d’ailleurs qu’un enfant enlevé tout petit de sa patrie et arraché à ses parents, alors qu’il n’a pas encore de raison, n’en éprouve (6) aucune douleur ; plus il se rapproche de l’âge de raison, plus l’épreuve lui est pénible et douloureuse, si bien que, parvenu à l’adolescence (7) et doté de discernement, tu ne le vois plus que tel un éperdu, stupéfait.