À ta naissance, tes lèvres s’agitaient déjà, impatientes de téter ; et voilà que le sein, suspendu tel une outre, s’incline vers toi, son lait affluant pour t’atteindre. À son extrémité, Il a placé ce mamelon dont la taille épouse la petitesse de ta bouche : tu n’en es ni gêné ni las de l’attraper (1). Il a ensuite percé, à son sommet, un orifice délicat (2) conforme à ta capacité : ni trop large, de peur que tu ne t’étouffes avec le lait, ni trop étroit, de sorte que tu doives le sucer péniblement. Il l’a fait à la juste mesure qu’exigeaient Sa sagesse et ton intérêt.
Qui a donc attendri pour toi le cœur de ta mère, y déposant cette tendresse inouïe et cette miséricorde éclatante, si bien que, fût-elle au comble de son confort, de son repos ou de sa sieste, il suffit qu’elle perçoive de ta part le moindre bruit ou sanglot pour se lever vers toi, te préférant à elle-même à chaque souffle ; elle accourt vers toi sans guide ni conducteur, hormis le guide de la miséricorde et l’ardeur de la tendresse. Elle souhaiterait que toute douleur qui te menace touche plutôt son propre corps, qu’aucun mal ne t’atteigne, et que sa vie se prolonge en la tienne. Qui donc a mis cela dans son cœur ?!
Puis, quand ton corps s’est affermi, que tes entrailles se sont élargies, que tes os se sont durcis et que tu as eu besoin d’une nourriture plus consistante afin de fortifier tes os et de raffermir ta chair, Il a placé dans ta bouche l’instrument de coupe et de broyage : Il t’a donné des dents qui découpent l’aliment et des moulins qui le broient.
Qui les a donc retenues loin de toi durant les jours de ton allaitement – par compassion pour ta mère et délicatesse à son égard – puis te les a accordées à l’époque de la mastication – par miséricorde pour toi, par bienfaisance et douceur à ton endroit ?! Si tu étais sorti du ventre muni de dent, de canine, de molaire et de prémolaire, dans quel état ta mère se serait-elle trouvée face à toi ?! Et si, quand tu en as eu besoin, tu en avais été privé, que serait-il advenu de toi devant ces aliments qu’on ne peut avaler que