La stupéfaction est totale ! Qui donc a inspiré à ce lieu de se resserrer sur toi alors que tu n’étais qu’une goutte, afin que tu ne t’y corrompes point, puis lui a inspiré de se dilater et de s’ouvrir pour que tu en sortes sain et sauf ?!
Tu es ainsi venu au monde, seul, isolé, faible, sans membrane, sans vêtement, sans bagage ni bien – la créature de Dieu la plus nécessiteuse, la plus vulnérable, la plus démunie.
Le lait dont tu te nourrissais dans le ventre de ta mère fut alors dirigé vers deux réserves suspendues à sa poitrine ; elle porta ainsi ta subsistance sur sa poitrine comme elle t’avait porté dans son sein. Puis Il le fit affluer jusque-là avec une délicatesse extrême, à travers des conduits (1) et des voies préparés pour lui ; il demeure en attente dans ses trajets et ses canaux jusqu’à ce que tu aies vidé les deux réservoirs (2), puis il s’écoule et parvient encore jusqu’à toi. C’est un puits dont la source ne tarit jamais, dont les voies ne se bouchent jamais ; Il l’achemine vers toi par des chemins qu’aucun circumambulateur (3) ne saurait repérer, qu’aucun marcheur (4) ne saurait emprunter.
Qui donc l’a affiné pour toi et clarifié, en a adouci la saveur, embelli la couleur, et réglé la cuisson avec la plus parfaite mesure : ni brûlant au point de nuire, ni glacial au point de faire périr (5), ni amer, ni salé, ni d’odeur repoussante ? Il l’a plutôt transformé en une autre forme de nourriture et de bénéfice, différente de ce qu’il était dans le ventre, et te l’a fait parvenir au moment même où tu en avais le plus pressant besoin, au milieu d’une soif ardente et d’une faim extrême, réunissant pour toi à la fois boisson et aliment !