Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

La stupéfaction est totale ! Qui donc a inspiré à ce lieu de se resserrer sur toi alors que tu n’étais qu’une goutte, afin que tu ne t’y corrompes point, puis lui a inspiré de se dilater et de s’ouvrir pour que tu en sortes sain et sauf ?!

Tu es ainsi venu au monde, seul, isolé, faible, sans membrane, sans vêtement, sans bagage ni bien – la créature de Dieu la plus nécessiteuse, la plus vulnérable, la plus démunie.

Le lait dont tu te nourrissais dans le ventre de ta mère fut alors dirigé vers deux réserves suspendues à sa poitrine ; elle porta ainsi ta subsistance sur sa poitrine comme elle t’avait porté dans son sein. Puis Il le fit affluer jusque-là avec une délicatesse extrême, à travers des conduits (1) et des voies préparés pour lui ; il demeure en attente dans ses trajets et ses canaux jusqu’à ce que tu aies vidé les deux réservoirs (2), puis il s’écoule et parvient encore jusqu’à toi. C’est un puits dont la source ne tarit jamais, dont les voies ne se bouchent jamais ; Il l’achemine vers toi par des chemins qu’aucun circumambulateur (3) ne saurait repérer, qu’aucun marcheur (4) ne saurait emprunter.

Qui donc l’a affiné pour toi et clarifié, en a adouci la saveur, embelli la couleur, et réglé la cuisson avec la plus parfaite mesure : ni brûlant au point de nuire, ni glacial au point de faire périr (5), ni amer, ni salé, ni d’odeur repoussante ? Il l’a plutôt transformé en une autre forme de nourriture et de bénéfice, différente de ce qu’il était dans le ventre, et te l’a fait parvenir au moment même où tu en avais le plus pressant besoin, au milieu d’une soif ardente et d’une faim extrême, réunissant pour toi à la fois boisson et aliment !

(1) Les manuscrits Ḥ et N lisent «ʿalā majāri». (2) Les manuscrits D, T et N portent «al-khizāna» (la réserve). (3) Le mot renvoie à l’ʿassas, le veilleur qui patrouille la nuit pour protéger la population ; il peut, plus largement, désigner quiconque circule fréquemment. (4) Il s’agit sans doute d’une forme intensive dérivée de râjil (« piéton », par opposition au cavalier). On peut aussi lire ar-raḥḥāl (avec ḥ muette), « grand voyageur ». (5) Les manuscrits T et Q donnent «al-mawdī», tandis que Ḥ et N lisent «ar-radī».
العجبُ كلَّ مذهب؛ فمن الذي أوحى إليه أن يتضايق عليك وأنت نطفةٌ حتى لا تفسُد هناك، ثمَّ أوحى إليه أن يتَّسع لك وينفسح حتى تخرج منه سليمًا؟! إلى أن خرجتَ فريدًا وحيدًا ضعيفًا، لا قِشْرة ولا لباسَ ولا متاع ولا مال، أحوجَ خلق الله وأضعفَهم وأفقرَهم. فصُرِف ذلك اللبنُ الذي كنت تتغذَّى به في بطن أمِّك إلى خزانتين معلَّقتين على صدرها، تحملُ غذاءك على صدرها كما حملتْك في بطنها، ثمَّ ساقه إلى تلك الخزانتين ألطفَ سَوْقٍ في مَجارٍ (١) وطرقٍ قد تهيَّأت له، فلا يزالُ واقفًا في طرقه ومجاريه حتى تستوفي ما في الخزانتين (٢) فيجري وينساقُ إليك، فهو بئرٌ لا تنقطعُ مادَّتُها، ولا تنسدُّ طرقُها، يسوقُها إليك في طرقٍ لا يهتدي إليها الطَّوَّاف (٣)، ولا يسلكُها الرَّجَّال (٤). فمن رقَّقه لك وصفَّاه، وأطابَ طعمَه، وحسَّن لونَه، وأحكمَ طبخَه أعدَل إحكام؛ لا بالحارِّ المؤذي، ولا بالبارد المُردي (٥)، ولا المُرِّ ولا المالح، ولا الكريه الرائحة، بل قَلَبَه إلى ضربٍ آخرَ من التَّغذية والمنفعة خلاف ما كان في البطن، فوافاك في أشدِّ أوقات الحاجة إليه، على حين ظمأٍ شديدٍ وجوعٍ مُفْرِط، جمعَ لك فيه بين الشراب والغذاء؟!
(١) (ح، ن): «على مجار». (٢) (د، ت، ن): «الخزانة». (٣) وهو العسَس، الذي يطوف بالليل يحرس الناس. أو هو كثير التطواف مطلقًا. (٤) لعله مبالغةٌ من الراجل، الماشي على رجليه، خلاف الفارس. ويمكن أن تقرأ: الرحَّال، بالحاء المهملة، كثير الترحال. (٥) (ت، ق): «المودي». (ح، ن): «الردي».

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