se tiennent continûment près de l’eau limpide (1) ; si la proie terrestre vient à manquer, elles épient le poisson (2) et s’en emparent d’un seul bond.
Or les fauves en mangent, les oiseaux en mangent, les hommes en mangent, les gros poissons en mangent, et même les bêtes de somme terrestres en mangent ; et comme Allah, exalté soit-Il, l’a décrété nourriture pour toutes ces espèces, Sa sagesse a voulu qu’il foisonne à ce point.
Si le serviteur pouvait contempler ce que renferme la mer comme variétés d’êtres vivants, de gemmes et d’espèces innombrables – qu’Allah seul peut recenser, tandis que les gens n’en connaissent qu’une poignée, sans commune mesure avec ce qui leur échappe –, il serait saisi d’émerveillement et reconnaîtrait l’immensité du royaume d’Allah et la multitude de Ses armées, que Lui seul connaît.
Quant au criquet, il n’est en réalité que ce qu’un poisson parmi les poissons de la mer expulse par ses deux narines (3) ; lui aussi est une armée
(1) (D) : « sur l’eau également afin de guetter le poisson » ; lecture fautive.
(2) (Q) : « elle attrapa le poisson » ; (T) : « elle se posta pour le poisson ».
(3) Le grand savant Shihab al-Din Mahmud al-Alusi a noté en marge du manuscrit (Q) : « Ce n’est pas le sens ; l’expression “nathrat hut” (éternuement de poisson) renvoie plutôt à l’unicité de leur statut juridique, à savoir la licéité de leurs cadavres, comme l’ont clairement expliqué les commentateurs du ḥadith. »
J’ajoute : les savants divergent sur les récits selon lesquels la sauterelle serait une nathrat hut ; aucun ḥadith marfuʿ n’est authentique à ce sujet. L’information ne remonte qu’à Kaʿb al-Ahbar, issu des Gens du Livre, et Malik l’a rapportée dans le Muwattaʾ (n° 784). Faut-il donc comprendre ces récits littéralement ?
L’auteur, ainsi que certains transmetteurs du propos attribué au Prophète, semblent l’entendre au sens propre. Ibn Qutayba, dans Gharib al-ḥadith (2/361), et d’autres suivent l’explication d’al-Alusi. Ibn ʿAbd al-Barr adopte une voie médiane : dans al-Istidhkar (11/290), il écrit que la première création des criquets proviendrait d’une narine de poisson, sans signifier qu’ils naissent aujourd’hui encore de cette manière, l’observation démentant une telle idée.