Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

à la porte de la ruche ; il ne laisse aucune abeille bousculer une autre ni la devancer pour franchir le seuil. Elles passent donc l’entrée de leurs logis l’une après l’autre, sans cohue, sans heurt ni entassement, tout comme un commandant qui, parvenu avec ses troupes à un défilé trop étroit pour qu’on le franchisse autrement qu’en file indienne, fait avancer ses soldats un par un.

Quiconque étudie attentivement leurs conditions de vie, leur organisation, la direction qui les guide, la cohésion de leurs rangs, l’agencement parfait de leurs affaires, la gestion de leur royaume et la délégation de chaque tâche à l’une d’entre elles, est saisi d’un étonnement profond ; il comprend alors que tout cela dépasse leurs propres capacités et ne provient pas de leur nature intrinsèque. Il s’agit d’œuvres d’une précision remarquable, exécutées avec une perfection extrême ; or, si tu observes l’ouvrière(1), tu la trouves parmi les créatures d’Allah les plus faibles, les plus ignorantes de leur propre situation et les plus incapables même d’assurer leur propre subsistance, a fortiori d’accomplir les prodiges qui émanent d’elle(2).

Autre singularité : jamais deux chefs(3) ne cohabitent dans une même ruche ni ne commandent un seul essaim. Que deux troupes avec deux chefs se rencontrent, aussitôt elles mettent l’un des deux à mort, le découpent, puis s’accordent sur un chef unique, sans qu’il en résulte inimitié ni dommage entre elles ; bien au contraire, elles ne forment plus qu’une seule main et une armée unifiée.

Section

Plus étonnant encore – et la plupart des gens l’ignorent – est la question de leur reproduction : relève-t-elle de la mise-bas ou d’une génération par transformation et métamorphose(4) ? Peu sont ceux

(1) Les manuscrits H et N portent : « al-qaʾil » (« le locuteur »). (2) Le manuscrit T lit : « wa-ajhaluhum … wa-aʿjazuhum » (« le plus ignorant … le plus impuissant »). (3) Les manuscrits H et N ont : « qu’il s’y trouve deux émirs qui ne coexistent pas » ; la leçon adoptée est jugée préférable. (4) Lecture de H : « al-wilāda wa-t-tawallud aw al-istiḥāla » (« la naissance, la reproduction ou la transformation »). Les manuscrits T et Q ajoutent la transformation (« … wa-l-istiḥāla »), tandis que D lit : « al-wilāda wa-t-tawallud wa-l-istiḥāla » (« la naissance, la reproduction et la transformation »).
باب البيت فلا يدعُ واحدةً تزاحمُ الأخرى ولا تتقدَّم عليها في العُبور، بل تَعْبُرُ بيوتها واحدةً بعد واحدةٍ بغير تزاحُمٍ ولا تصادمٍ ولا تراكُم، كما يفعلُ الأميرُ إذا انتهى بعسكره إلى معْبرٍ ضيِّقٍ لا يجُوزه إلا واحدٌ واحد. ومن تدبَّر أحوالها وسياستَها وهدايتها، واجتماعَ شملها، وانتظامَ أمرها، وتدبيرَ مُلْكِها، وتفويض كلِّ عملٍ إلى واحدٍ منها= يتعجَّبُ منها كلَّ العجب، ويعلمُ أنَّ هذا ليس في مقدورها ولا هو مِنْ ذاتها؛ فإنَّ هذه أعمالٌ محكمةٌ متقنةٌ في غاية الإحكام والإتقان، فإذا نظرتَ إلى العامل (١) رأيتَه مِنْ أضعف خلق الله وأجهَلِه بنفسه وبحاله، وأعجَزِه (٢) عن القيام بمصلحته فضلًا عمَّا يصدُر منه من الأمور العجيبة. ومن عجيب أمرها أنَّ أميرين فيها لا يجتمعان (٣) في بيتٍ واحد، ولا يتأمَّران على جمعٍ واحد، بل إذا اجتمع منها جُنْدان وأميران قتلوا أحدَ الأميرين وقطَّعوه واتفقوا على الأمير الواحد، مِنْ غير معاداةٍ بينهم ولا أذًى من بعضهم لبعض، بل يصيرون يدًا واحدةً وجندًا واحدًا. فصل ومن عجيب أمرها ما لا يهتدي له أكثرُ الناس ولا يعرفونه؛ وهو النِّتاجُ الذي يكونُ لها، هل هو على وجه الولادة أو التَّولُّد والاستحالة؟ (٤) فقَلَّ من
(١) (ح، ن): «القائل». (٢) (ت): «وأجهلهم ... وأعجزهم». (٣) (ح، ن): «أن فيها أميرين لا يجتمعان». والمثبت أجود. (٤) (ح): «الولادة والتولد أو الاستحالة». وفي (ت، ق): «الولادة والتولد والاستحالة». (د): «الولادة والتوالد والاستحالة».

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