Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Puis considère ces passereaux : ils passent toute la journée à chercher leur nourriture ; jamais ils n’en sont privés, mais jamais non plus ils ne la trouvent rassemblée et prête. Ils ne l’obtiennent qu’en se déplaçant et en la recherchant aux quatre coins de l’espace. Gloire à Celui qui en a fixé la mesure et en a facilité l’accès : Il n’en a pas fait un bien qui leur devienne inaccessible lorsqu’ils le sollicitent, ni quelque chose qui leur échappe lorsqu’ils demeurent inactifs. Il les a rendus capables d’y accéder à toute heure et en tout lieu, jusque sur les murs, les terrasses et les toits ; ils la recueillent au prix d’un effort des plus légers, sans qu’aucune créature, hormis les oiseaux de leur propre espèce, ne vienne la leur disputer.

Si, en effet, la nourriture dont ils vivent se trouvait toute entière apprêtée et amassée, les autres oiseaux la partageraient avec eux et finiraient par la leur ravir (1). Il y a là une autre et admirable sagesse (2) : à savoir (3) que, s’ils trouvaient cette pitance prête et accumulée, ils s’y rueraient, poussés par l’avidité de leur désir, et ne s’en détourneraient pas (4), même rassasiés, jusqu’à l’indigestion, puis à la mort.

Il en serait de même pour les hommes : si leur nourriture leur était offerte, toute prête, sans effort ni labeur, le simple fait de la trouver ainsi (5) les conduirait à la gloutonnerie, à l’embonpoint et à la torpeur (6) ; la corruption se multiplierait, les turpitudes se répandraient et ils exerceraient la démesure sur terre.

Pureté au Très Subtil, au Parfaitement Informé, qui n’a rien créé en vain ni pour s’amuser.

(1) Les manuscrits Ḥ et N portent : « kânat yushrikuhâ fîhi wa-yaghlabuhâ ʿalayhi ». (2) Les manuscrits T, Q et D lisent : « wa-bi-ḥikma » ; Ḥ et N : « wa-ḥikma ». La leçon retenue est la plus satisfaisante. (3) Les manuscrits D, Q et T donnent : « wa-kadhâlik ». (4) Le manuscrit Ḍ lit : « tanqalaʿ ». (5) Les manuscrits Ḥ et N portent : « wa-lâ taʿab addâ dhâlika ». (6) Passage omis dans Q. Les manuscrits T et D lisent : « wa-ar-radda ». Ibn Bardas note en marge du D : « Peut-être faut-il lire : wal-bardah ». Le terme al-bardah désigne l’indigestion ou la lourdeur d’estomac ; on l’appelle ainsi parce qu’elle « refroidit » l’estomac et l’empêche de bien digérer (cf. al-Nihâya, s.v. b-r-d).
ثمَّ تأمَّل هذه العصافيرَ كيف تطلُب أكلَها بالنَّهار كلِّه، فلا هي تفقدُه ولا هي تجدُه مجموعًا مُعَدًّا، بل تنالُه بالحركة والطلب في الجهات والنَّواحي، فسبحان الذي قدَّره ويسَّره، كيف لم يجعله مما يتعذَّرُ عليها إذا التمسَته، ولا مما يفُوتها إذا قعدَت عنه، وجعلها قادرةً عليه في كلِّ حينٍ وأوان، وبكلِّ أرضٍ ومكان، حتى من الجدران والأسطحة والسُّقوف، تنالُه بالهُوَينا من السَّعي، فلا يشاركُها فيه غيرُ بني جنسها من الطير. ولو كان ما تقتاتُ به يوجدُ مُعَدًّا مجموعًا كلُّه كانت الطيرُ تَشْرَكُها فيه وتغلبُها عليه (١). ولحكمة (٢) أخرى بديعة؛ وذلك (٣) أنها لو وجدَته مُعَدًّا مجموعًا لأكبَّت عليه بحرص الرَّغبة فلا تقلعُ (٤) عنه وإن شبعَت حتى تَبْشَم وتهلك. وكذلك الناسُ لو جُعِل طعامُهم مُعَدًّا لهم بغير سعيٍ ولا تعبٍ لأخرجهم وُجدانُهم له كذلك (٥) إلى الشَّره والبِطْنة والبَرَدة (٦)، ولكثُر الفسادُ وعمَّت الفواحش، ولبغَوا في الأرض. فسبحان اللطيف الخبير الذي لم يخلق شيئًا سدًى ولا عبثًا.
(١) (ح، ن): «كانت يشركها فيه ويغلبها عليه». (٢) (ت، ق، د): «وبحكمة». (ح، ن): «وحكمة». والمثبت أقوم. (٣) (د، ق، ت): «وكذلك». (٤) (ض): «تنقلع». (٥) (ح، ن): «ولا تعب أدى ذلك». (٦) مهملة في (ق). (ت، د): «والرده». وعلق ابن بردس في طرة (د): «لعلها: والبرده». وليست في (ح، ن). والبَرَدة: التُّخمة وثقل الطعام على المعدة. سمِّيت بذلك لأنها تبرد المعدة فلا تستمرئ الطعام. «النهاية» (برد).

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