Puis considère ces passereaux : ils passent toute la journée à chercher leur nourriture ; jamais ils n’en sont privés, mais jamais non plus ils ne la trouvent rassemblée et prête. Ils ne l’obtiennent qu’en se déplaçant et en la recherchant aux quatre coins de l’espace. Gloire à Celui qui en a fixé la mesure et en a facilité l’accès : Il n’en a pas fait un bien qui leur devienne inaccessible lorsqu’ils le sollicitent, ni quelque chose qui leur échappe lorsqu’ils demeurent inactifs. Il les a rendus capables d’y accéder à toute heure et en tout lieu, jusque sur les murs, les terrasses et les toits ; ils la recueillent au prix d’un effort des plus légers, sans qu’aucune créature, hormis les oiseaux de leur propre espèce, ne vienne la leur disputer.
Si, en effet, la nourriture dont ils vivent se trouvait toute entière apprêtée et amassée, les autres oiseaux la partageraient avec eux et finiraient par la leur ravir (1). Il y a là une autre et admirable sagesse (2) : à savoir (3) que, s’ils trouvaient cette pitance prête et accumulée, ils s’y rueraient, poussés par l’avidité de leur désir, et ne s’en détourneraient pas (4), même rassasiés, jusqu’à l’indigestion, puis à la mort.
Il en serait de même pour les hommes : si leur nourriture leur était offerte, toute prête, sans effort ni labeur, le simple fait de la trouver ainsi (5) les conduirait à la gloutonnerie, à l’embonpoint et à la torpeur (6) ; la corruption se multiplierait, les turpitudes se répandraient et ils exerceraient la démesure sur terre.
Pureté au Très Subtil, au Parfaitement Informé, qui n’a rien créé en vain ni pour s’amuser.