Section (1)
Contemple cet oiseau aux longues pattes et saisis l’avantage que lui confère cette longueur : il se nourrit la majeure partie du temps dans une eau peu profonde ; tu le vois alors campé (2) sur ses deux « échasses » tel un éclaireur posté sur un belvédère (3), observant tout ce qui s’agite dans l’eau. Dès qu’il aperçoit ce dont il a besoin, il avance d’un pas souple et mesuré jusqu’à ce qu’il s’en saisisse. Or, si ses deux membres étaient courts, [alors] (4), lorsqu’il s’approcherait de la proie pour la prendre, son ventre frapperait la surface (5) de l’eau, la mettrait en émoi, et la proie, effrayée, s’enfuirait aussitôt (6). C’est donc pour qu’il atteigne son but sans que sa quête soit compromise que ces deux « colonnes » lui ont été accordées.
Chaque oiseau, en effet, possède une certaine proportion de longueur dans les pattes et dans le cou afin de pouvoir saisir sa nourriture (7) à même le sol. Si ses jambes étaient longues mais son cou court, il lui serait impossible de rien prendre au sol ; et il arrive même qu’au long cou (8) s’ajoute un long bec, de sorte que l’acquisition de sa pitance devienne encore plus aisée et accessible.
(1) Ad-Dalâʾil wa-l-iʿtibâr, p. 39 ; Tawḥîd al-Mufaḍḍal, p. 71 ; al-Mudhish, p. 589.
(2) Ms. H : « yatarakkaz » (se concentre) ; ms. N : « tarakkaza » (s’est concentré).
(3) Mss. H, N : « ka-annahu dassa fawqa markab » (comme un paquet posé sur une monture). – Al-rabîʾa est l’éclaireur qui observe l’ennemi ; il se tient forcément sur une hauteur ou un promontoire. Al-marqab désigne ce poste élevé où monte la sentinelle.
(4) Addition requise par le contexte d’après le ms. R et al-Mudhish (p. 589). Le ms. Ḍ porte « wa-kâna ».
(5) Variantes : ms. H : « laṣqa baṭnahu fi-l-mâʾ » (son ventre collait à l’eau) ; ms. Q : « yaṣfaqu baṭnahu bi-l-mâʾ » (il frappait l’eau de son ventre) ; ms. N : même leçon que H ; ms. D : « laṣfaqa baṭnahu al-mâʾ » ; ms. Ḍ : « yuṣîbu baṭnahu al-mâʾ » (l’eau touchait son ventre) ; ms. R : « yashuqu baṭnahu al-mâʾ » (il fendait l’eau de son ventre). Al-Mudhish : « yaḍribu al-mâʾ bi-baṭnihi » (il frappait l’eau de son ventre).
(6) Ms. H : « fa-yaqfizu » (il bondit) ; ms. Ḍ : « fa-yufarriqu ʿanhu » (il disperse autour de lui) ; ms. R : « fa-yatafarraqu ʿanhu » (il se disperse autour de lui).
(7) Al-Mudhish : « tanâwala ṭaʿmahu » (il saisit sa nourriture).
(8) Mss. Q, H, N : « maʿa ʿunuqihi » (avec son cou).