Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

de la nourriture (1) vers le gésier (2) est si étroit que celle-ci n’y pénètre qu’au compte-gouttes ; si l’oiseau devait attendre qu’un premier grain eût atteint son estomac avant d’en saisir un second, l’opération serait interminable : quand donc aurait-il le loisir de se rassasier ? Or, il dérobe sa pitance à la hâte, par excès de vigilance ; aussi lui a-t-on accordé le jabot, semblable à une sacoche suspendue devant lui, pour qu’il y emmagasine promptement ce qu’il avale (3), puis que le tout s’écoule peu à peu vers le gésier.

Le jabot présente encore un autre avantage : certaines espèces doivent gaver leurs petits (4) ; pouvoir leur régurgiter la nourriture (5) depuis ce réservoir tout proche leur facilite grandement la tâche.

Section (6)

Considère ensuite ces couleurs, ces teintures et ces broderies qui parent nombre d’oiseaux, tels le paon, la perdrix et bien d’autres : même tracées par les plumes les plus fines ou brodées de main d’homme, elles n’atteindraient pas ce degré de perfection.

D’où vient, dans une nature livrée à elle-même, cette étonnante composition, ces motifs, ces coloris et ces teintes (7), tantôt simples, tantôt savamment combinés, que la création tout entière, fût-elle réunie pour les reproduire, serait incapable de

(1) Les manuscrits H et N portent : « car, dans le conduit alimentaire ». (2) Il s’agit de la partie musculaire de l’estomac où la nourriture est broyée ; cf. Al-Muʿjam al-Wasit. Dans les manuscrits H et N, le terme a été altéré en « al-qabida » aux deux occurrences. (3) Le manuscrit D lit : « adraka » (« il a saisi »). (4) Ce point a été explicité un peu plus haut. (5) Leçons divergentes : H et N : « radda al-taʿām » ; D : « raddahu li-l-taʿām ». (6) Références : Dalāʾil wa-l-Iʿtibār, p. 39 ; Tawḥîd al-Mufaḍḍal, p. 70. (7) Le manuscrit Q lit : « wa-s-ṣunʿ » (« et l’œuvre »).
الطَّعام (١) إلى القانِصة (٢) ضيِّقٌ لا ينفُذ فيه الطَّعامُ إلا قليلًا، فلو كان الطَّائرُ لا يلتقطُ حبَّةً ثانيةً حتى تصل الأولى إلى جوفه لطال ذلك عليه، فمتى كان يستوفي طعامَه؟! وإنما يختلسُه اختلاسًا؛ لشدَّة الحذر، فجُعِلت له الحوصلةُ كالمِخلاة المعلَّقة أمامه ليُوعِيَ فيها ما ازدَردَ (٣) من الطُّعم بسرعة، ثمَّ ينفُذ إلى القانِصة على مهَل. وفي الحوصلة أيضًا خصلةٌ أخرى؛ فإنَّ من الطَّير ما يحتاجُ إلى أن يَزُقَّ فراخَه (٤)، فيكون ردُّه الطُّعمَ (٥) مِنْ قُربٍ ليسهُل عليه. فصل (٦) ثمَّ تأمَّل هذه الألوانَ والأصباغَ والوَشْيَ التي تراها في كثيرٍ من الطير، كالطاووس والدُّرَّاج وغيرهما، التي لو خُطَّت بدقيق الأقلام ووُشِيَت بالأيدي لم يكن هذا. فمِن أين في الطبيعة المجرَّدة هذا التشكيلُ والتخطيطُ والتلوينُ والصَّبغُ (٧) العجيبُ البسيطُ والمركَّب، الذي لو اجتمعت الخليقةُ على أن
(١) (ح، ن): «فإن في مسلك الطعام». (٢) وهي جزءٌ عضليٌّ من المعدة يتمُّ فيه طحنُ الغذاء. «المعجم الوسيط». وتحرفت في (ح، ن) إلى: «القابضة» في الموضعين. (٣) (ض): «أدرك». (٤) تقدَّم تفسير ذلك قريبًا. (٥) (ح، ن): «رد الطعم». (ض): «رده للطعم». (٦) «الدلائل والاعتبار» (٣٩)، «توحيد المفضل» (٧٠). (٧) (ق): «والصنع».

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