elle s’éloigna alors de quelques pas, puis revint accompagnée d’un groupe de fourmis. Le narrateur poursuit : « Je soulevai aussitôt ce morceau du sol ; lorsque la fourmi arriva avec ses compagnes à l’endroit où il se trouvait, elles tournèrent autour, fouillèrent, mais ne trouvèrent rien et rebroussèrent chemin. Je reposai alors le fragment. La fourmi revint, tomba de nouveau dessus, s’efforça de le déplacer sans réussir à le lever. Elle repartit un peu plus loin, revint avec les mêmes, et je le retirai encore ; elles inspectèrent le lieu sans rien découvrir, puis repartirent. Je le remis en place ; elle revint une troisième fois, les ramena, et je l’enlevai de nouveau. Elles firent le tour de l’endroit ; voyant qu’il n’y avait toujours rien, elles formèrent un cercle, placèrent la première fourmi au centre, se ruèrent sur elle et la démembrèrent, membre après membre, sous mes yeux ! (1)
Parmi les traits étonnants de leur sagacité (2) : lorsqu’elles transportent un grain jusque dans leurs demeures, elles le brisent afin qu’il ne germe pas ; si c’est une graine dont les deux cotylédons germent, elles la fractionnent en quatre. Quand, touché par la rosée ou l’humidité, le grain risque de se gâter, elles le sortent l’exposer au soleil, puis le rentrent à nouveau. C’est pourquoi l’on voit parfois quantité de grains brisés devant l’entrée de leurs habitations ; peu après, il n’en reste plus un seul.
Autre signe de leur intelligence : elles n’établissent leur village (3) que sur une éminence du terrain (4), de peur qu’une crue ne l’inonde. Ainsi ne verras-tu jamais une colonie de fourmis au fond d’un vallon, mais toujours sur le rebord surélevé, hors de portée des eaux.