Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

elle s’éloigna alors de quelques pas, puis revint accompagnée d’un groupe de fourmis. Le narrateur poursuit : « Je soulevai aussitôt ce morceau du sol ; lorsque la fourmi arriva avec ses compagnes à l’endroit où il se trouvait, elles tournèrent autour, fouillèrent, mais ne trouvèrent rien et rebroussèrent chemin. Je reposai alors le fragment. La fourmi revint, tomba de nouveau dessus, s’efforça de le déplacer sans réussir à le lever. Elle repartit un peu plus loin, revint avec les mêmes, et je le retirai encore ; elles inspectèrent le lieu sans rien découvrir, puis repartirent. Je le remis en place ; elle revint une troisième fois, les ramena, et je l’enlevai de nouveau. Elles firent le tour de l’endroit ; voyant qu’il n’y avait toujours rien, elles formèrent un cercle, placèrent la première fourmi au centre, se ruèrent sur elle et la démembrèrent, membre après membre, sous mes yeux ! (1)

Parmi les traits étonnants de leur sagacité (2) : lorsqu’elles transportent un grain jusque dans leurs demeures, elles le brisent afin qu’il ne germe pas ; si c’est une graine dont les deux cotylédons germent, elles la fractionnent en quatre. Quand, touché par la rosée ou l’humidité, le grain risque de se gâter, elles le sortent l’exposer au soleil, puis le rentrent à nouveau. C’est pourquoi l’on voit parfois quantité de grains brisés devant l’entrée de leurs habitations ; peu après, il n’en reste plus un seul.

Autre signe de leur intelligence : elles n’établissent leur village (3) que sur une éminence du terrain (4), de peur qu’une crue ne l’inonde. Ainsi ne verras-tu jamais une colonie de fourmis au fond d’un vallon, mais toujours sur le rebord surélevé, hors de portée des eaux.

(1) Voir : al-Hayawan, t. 4, p. 6-7 ; et le commentaire d’Ibn Taymiyya sur ce récit, rapporté par l’auteur, dans Shifa al-‘alil, p. 240. (2) Les manuscrits N et Ḥ portent : « wa-min ‘ajabi amri-hā al-faṭnatu fīhā » (« et, parmi ses singularités, la sagacité qu’elle renferme »). (3) Le manuscrit R lit « az-zubya », le manuscrit Ḍ « zubiyyat-ahā ». Le terme az-zubya désigne un tertre surélevé que l’eau n’atteint pas. (4) An-nashz (avec ch muette ou ouverte) désigne un point de terrain surélevé.
فذهبَت غيرَ بعيد، ثمَّ جاءت معها بجماعةٍ من النَّمل. قال: فرفعتُ ذلك الشِّقَّ من الأرض، فلمَّا وصلَت النَّملةُ برِفْقتها إلى مكانه دارت حوله ودُرْنَ معها فلم يجدنَ شيئًا، فرجَعْن، فوضعتُه، ثمَّ جاءت فصادفَتْهُ فزاوَلَتْهُ فلم تُطِق رفعَه من الأرض، فذهبَت غيرَ بعيد، ثمَّ جاءت بهنَّ، فرفعتُه، فدُرْنَ حول مكانه فلم يجدنَ شيئًا، فذهبنَ، فوضعتُه، فعادت فجاءت بهنَّ، فرفعتُه، فدُرْنَ حول المكان، فلمَّا لم يجدنَ شيئًا تحلَّقنَ حلقةً وجعلنَ تلك النَّملةَ في وسطها ثمَّ تحامَلْنَ عليها فقطَّعنَها عضوًا عضوًا وأنا أنظُر!! (١). ومن عجيب الفطنة فيها (٢): إذا نَقَلت الحَبَّ إلى مساكنها كسَّرته لئلَّا ينبُت، فإن كان مما ينبتُ الفلقتان منه كسَّرته أربعًا، فإذا أصابه ندًى أو بللٌ وخافت عليه الفسادَ أخرجَتْه للشمس ثمَّ تردُّه إلى بيوتها، ولهذا ترى في بعض الأحيان حَبًّا كثيرًا على أبواب مساكنها مكسَّرًا ثمَّ تعودُ عن قريبٍ فلا ترى منه واحدة. ومن فطنتها: أنها لا تتَّخذُ قريتَها (٣) إلا على نَشْزٍ من الأرض (٤)؛ لئلَّا يَفِيض عليها السَّيلُ فيُغْرِقَها، فلا ترى قرية نملٍ في بطن وادٍ ولكنْ في أعلاه وما ارتفع عن السَّيل منه.
(١) انظر: «الحيوان» (٤/ ٦، ٧). وانظر تعليق ابن تيمية على القصة ــ وقد حكاها له المصنف ــ في «شفاء العليل» (٢٤٠). (٢) (ن، ح): «ومن عجيب أمرها الفطنة فيها». (٣) (ر): «الزبية»، (ض): «زبيتها». والزُّبية: الرابية لا يعلوها الماء. (٤) النَّشز ــ بإسكان الشين وفتحها ــ: المتن المرتفعُ من الأرض.

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