Section (1)
Médite ensuite cette frêle fourmi et la sagacité ainsi que l’ingéniosité qu’elle a reçues pour recueillir sa subsistance, l’emmagasiner, la conserver et la protéger des atteintes ; tu y trouveras, à n’en pas douter, des leçons et des signes.
Observe les fourmis : lorsqu’elles veulent mettre leur provision en sûreté, elles sortent de leurs galeries à sa recherche ; une fois la nourriture repérée, elles tracent depuis leurs souterrains un chemin jusqu’à elle, puis se mettent à la transporter. On les voit alors se diviser en deux équipes(2) : l’une, porteuse, convoie la nourriture vers les demeures – un flot qui s’éloigne –, l’autre quitte les demeures pour se rendre au lieu de la trouvaille. Les deux courants ne se mêlent pas : deux fils parallèles, semblables à un groupe d’hommes allant dans un sens et à un autre groupe revenant par l’autre côté de la route.
Si la charge leur devient trop lourde, plusieurs fourmis se rassemblent autour d’elle et s’entraident pour la porter, comme des hommes qui se ligueraient pour déplacer une poutre ou un rocher.
Lorsque la découverte est l’œuvre d’une seule d’entre elles, ses compagnes l’assistent jusqu’à l’entrée de sa demeure, puis la laissent seule avec son fardeau ; mais si la trouvaille est faite collectivement, elles la transportent ensemble, puis se la répartissent au seuil de la fourmilière.
L’un des témoins dignes de foi(3)(4) m’a raconté qu’il avait assisté, un jour, à un spectacle étonnant ; il dit : « Je vis une fourmi s’approcher d’une aile de sauterelle ; elle la tira(5), mais ne parvint pas à la soulever du sol