si nombreuses soient-elles, on n’en voit pour ainsi dire rien (1). Et ce n’est pas qu’elles soient en petit nombre, au point de passer inaperçues ; on dit même qu’elles sont plus nombreuses que les hommes.
Considère ce que tu observes dans ces étendues désertiques : les hardes de gazelles, de vaches sauvages et de bouquetins, les meutes de loups et de panthères, les multiples variétés de reptiles et d’insectes, toutes les bêtes de la terre et les espèces d’oiseaux, qui surpassent de beaucoup la population des fils d’Adam ; tu ne vois presque jamais l’une d’elles morte, ni dans ses abris (2), ni dans ses terriers, ni dans les lieux où elle tombe, paît, emprunte ses sentiers, se désaltère, s’abreuve, se retranche ou se met à couvert. On ne découvre une carcasse que lorsqu’un prédateur l’a dévorée, qu’un chasseur l’a frappée ou qu’un agresseur l’a surprise, empêchant ainsi l’animal, ainsi que les siens, de mettre son corps à l’abri et de soustraire sa dépouille aux regards.
Cela indique que, lorsqu’elles sentent la mort approcher et qu’elles ne sont pas dominées, elles se terrent (3) dans un endroit inaccessible, puis elles ensevelissent leur cadavre avant que ne survienne la séparation d’avec la vie. Sans cette disposition, les déserts seraient remplis de leurs dépouilles, l’air serait corrompu par leurs effluves, le mal retomberait sur les hommes et cela ouvrirait la voie aux épidémies.
C’est ce qu’évoque la parole du Très-Haut dans le récit des deux fils d’Adam : « Alors Allah envoya un corbeau qui gratta la terre afin de lui montrer comment dissimuler le corps de son frère. Il s’écria : “Malheur à moi ! Suis-je donc incapable d’être comme ce corbeau et de cacher le cadavre de mon frère ?” Il devint alors du nombre des repentants. » (Sourate al-Mâʾida, 31).
Quant aux bêtes dont la vie se déroule parmi les hommes, telles les bestiaux et les montures, c’est parce que l’être humain a la capacité de