Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

et les faire aller où bon lui semble (1). Si, proportionnellement à leur gigantesque corpulence, ces bêtes avaient reçu la raison, elles se seraient refusées à lui obéir, se seraient rebellées contre lui et n’auraient plus été asservies. Elles n’ont donc reçu qu’un discernement et une perception suffisants pour assurer leur propre intérêt et celui de ceux à qui elles sont soumises, tandis qu’elles ont été privées de la faculté intellectuelle et de la réflexion par lesquelles l’être humain les surpasse ; ainsi se manifeste aussi l’excellence du discernement humain et la faveur particulière dont il jouit.

Considère ensuite comment Il les mène et les dompte malgré la masse imposante de leurs corps ; l’homme n’aurait jamais pu les maîtriser (2) sans la soumission qu’Allah leur a imposée (3). Allah, le Très-Haut, dit : « Il a créé pour vous, parmi les navires et les bestiaux, ce que vous montez, afin que, juchés sur leurs dos, vous rappeliez le bienfait de votre Seigneur lorsque vous y êtes installés et disiez : “Gloire à Celui qui nous a soumis cela ; nous n’aurions jamais pu les maîtriser.” » ⦗Az-Zukhruf, 12-13⦘, c’est-à-dire : « nous n’en aurions pas eu la force ni la maîtrise ».

Il dit encore : « Ne voient-ils donc pas que Nous avons créé pour eux, de Nos propres mains, des bestiaux dont ils sont propriétaires ? Nous les leur avons soumis ; certains leur servent de monture, d’autres de nourriture. » ⦗Yâ-Sîn, 71-72⦘.

Vois donc le chameau : malgré la grandeur de sa stature, un tout jeune garçon le mène, docile et soumis ; si ce chameau était lâché contre lui (4), il le terrasserait et le démembrerait membre après membre.

Interroge dès lors le négateur : qui donc l’a rendu docile, l’a asservi et l’a conduit — malgré sa puissance — à un être humain faible, parmi les plus frêles des créatures, libérant ainsi l’espèce humaine pour qu’elle puisse vaquer à ses intérêts matériels (5) ?

(1) Les manuscrits D, Q et T lisent «waqudi-hā wa taṣrifi-hā» («la conduire et la diriger»). (2) Les manuscrits Q et D lisent «nakun naṭîqu-hā» («nous ne pourrions la supporter»). (3) Les manuscrits D, T et Q lisent «law-lā taskhîru-hu» («n’était sa soumission [par Allah]»). (4) Le mot «ʿalay-hi» est absent du manuscrit Q. (5) Le manuscrit T lit «li-maṣāliḥ-hi wa maʿāsh-hi» («pour ses intérêts et sa subsistance»).
ويصرِّفها (١) حيثُ شاء، ولو أُعطِيَت العقولَ على كِبَر خَلْقِها لامتنعَت من طاعته واستعصَت عليه ولم تكُن مسخَّرةً له، فأُعطِيَت من التَّمييز والإدراك ما تَتِمُّ به مصلحتُها ومصلحةُ من ذُلِّلت له، وسُلِبَت من الذِّهن والعقل ما مُيِّز به عليها الإنسانُ، ولتَظْهَر أيضًا فضيلةُ التَّمييز والاختصاص. ثمَّ تأمَّل كيف قادها وذلَّلها على كِبَر أجسامها، ولم يكن يُطِيقُها (٢) لولا تسخيرُ الله لها (٣)؛ قال الله تعالى: ﴿وَجَعَلَ لَكُمْ مِنَ الْفُلْكِ وَالْأَنْعَامِ مَا تَرْكَبُونَ (١٢) لِتَسْتَوُوا عَلَى ظُهُورِهِ ثُمَّ تَذْكُرُوا نِعْمَةَ رَبِّكُمْ إِذَا اسْتَوَيْتُمْ عَلَيْهِ وَتَقُولُوا سُبْحَانَ الَّذِي سَخَّرَ لَنَا هَذَا وَمَا كُنَّا لَهُ مُقْرِنِينَ﴾ [الزخرف: ١٢ ــ ١٣]، أي: مُطِيقين ضابطين. وقال تعالى: ﴿أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّا خَلَقْنَا لَهُمْ مِمَّا عَمِلَتْ أَيْدِينَا أَنْعَامًا فَهُمْ لَهَا مَالِكُونَ (٧١) وَذَلَّلْنَاهَا لَهُمْ فَمِنْهَا رَكُوبُهُمْ وَمِنْهَا يَأْكُلُونَ﴾ [يس: ٧١ - ٧٢]، فترى البعيرَ على عِظَم خِلْقَته يقودُه الصبيُّ الصغيرُ ذليلًا منقادًا، ولو أُرسِل عليه (٤) لسوَّاهُ بالأرض ولفصَّله عضوًا عضوًا. فسَلِ المعطِّل: من الذي ذلَّله وسخَّره وقاده ــ على قوَّته ــ لبشرٍ ضعيفٍ من أضعف المخلوقات، وفرَّغ بذلك التسخير النَّوعَ الإنسانيَّ لمصالح معاشِه (٥)
(١) (د، ق، ت): «وقودها وتصريفها». (٢) (ق، د): «نكن نطيقها». (٣) (د، ت، ق): «لولا تسخيره». (٤) «عليه» ليست في (ق). (٥) (ت): «لمصالحه ومعاشه».

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