ni, par ailleurs, affirmer que la qualifier de karm serait mensonger, qu’il ne s’agirait là que d’un mot dénué de sens, à l’instar de qui appelle « savant » un ignorant, « vertueux » un dépravé ou « généreux » un avare. Ne vois-tu pas qu’il n’a nullement nié les bienfaits de la vigne ? Il a simplement indiqué que le cœur du croyant recèle des bienfaits plus abondants et des avantages plus grands encore !
Tel fut, dans ses grandes lignes, l’échange qui eut lieu ce jour-là.
Si maintenant tu médites la parole du Prophète ﷺ : « Le karm est le cœur du croyant », tu la trouveras conforme à cet autre propos où, à propos du palmier, il dit : « Son exemple est celui du musulman » ; dans le ḥadith rapporté par Ibn ʿUmar (1), il assimile le palmier au musulman, tandis que, dans l’autre, il compare le musulman au karm, interdisant qu’on réserve ce nom au seul cep de vigne sans l’accorder au cœur du croyant.
D’aucuns ont proposé une autre explication : il aurait prohibé l’appellation karm pour la vigne parce qu’on en tire la « mère des turpitudes » – le vin ; il serait donc blâmable de la nommer d’un terme qui flatterait les âmes et les pousserait à la consommation, par souci de fermer les issues (sadd ad-dharaʿiʿ) jusque dans le vocabulaire (2). Cette interprétation se conçoit, n’eût été sa parole : « Car le karm est le cœur du croyant », qui fait figure de justification de l’interdiction et montre que le cœur du croyant mérite davantage ce nom que la vigne.
Le Messager d’Allah ﷺ sait mieux que quiconque ce qu’il voulait signifier ; ce qu’il a visé est donc la vérité même.
En définitive, Allah – exalté soit-Il – a compté, parmi les bienfaits qu’Il rappelle à Ses serviteurs, les fruits des palmiers et des vignes, les incluant dans l’énumération de Ses grâces.
Et, si Allah le veut, la première explication l’emporte en évidence sur la seconde (3), car la « mère des turpitudes »