Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Je déclarai donc au premier interlocuteur : « L’argument que tu avances – à savoir que l’on paie le raisin avec des noyaux de dattes – n’a aucune valeur probante ; plusieurs raisons l’expliquent :
Premièrement, vous avez besoin de ces noyaux pour le fourrage ; c’est pourquoi le propriétaire de la vigne les recherche afin de nourrir son chameau d’irrigation et ses bêtes de somme.
Deuxièmement, le pépin de raisin n’offre aucune utilité et l’on ne prend même pas la peine de le récolter.
Troisièmement, le raisin est chez vous extrêmement rare, tandis que la datte est ce que vous possédez en plus grande quantité ; ses noyaux abondent donc, si bien qu’une modeste portion de raisin s’achète avec eux. En revanche, dans les pays où la vigne règne, nul n’achète de raisin avec des noyaux de dattes, et ceux-ci n’y ont pas la moindre valeur.

Je m’adressai ensuite à celui qui s’était prévalu du ḥadith : « En vérité, ce ḥadith compte parmi les arguments en faveur du mérite de la vigne (1), car on l’appelait autrefois “l’arbre du karm” tant ses bienfaits sont nombreux : on en consomme le fruit aussi bien frais que sec, sucré qu’acidulé ; on en extrait toutes sortes de boissons, de confiseries, du dibs (2) et bien d’autres préparations. C’est donc l’abondance de ses bienfaits qui lui a valu le nom de karm. Or le Prophète ﷺ a informé ses Compagnons que le cœur du croyant est plus digne encore de cette appellation, tant Allah y a déposé de bonté, de piété, de miséricorde, de douceur, de justice, de bienfaisance, de conseil sincère et toutes les formes de vertus et de bien qu’Il (3) place dans le cœur du croyant ; c’est donc lui, plus que la vigne, qui mérite d’être appelé karm (4).

Le Prophète ﷺ n’entendait nullement, par cette parole, nier les bienfaits et les avantages que renferme la vigne, ni que

(1) Manuscrit N : «min ḥujaj min faḍl al-ʿinab» (parmi les arguments en faveur de la supériorité du raisin). (2) Omission dans le manuscrit D ; le manuscrit N lit «wa-tajīʾ» (lecture également plausible). (3) Manuscrits T et Ḥ : «waṣafahā Allāh» (Dieu l’a décrite). (4) À partir d’ici et jusqu’à la fin du passage, le texte manque dans les manuscrits Ḥ et N ; le manuscrit N signale : «bayāḍ fī l-aṣl» (lacune dans l’original).
فقلتُ للأوَّل: ما ذكرتَه من كَوْن نوى التَّمر ثمنًا للعنب فليس بدليل؛ فإنَّ هذا له أسباب: أحدها: حاجتُكم إلى النَّوى للعَلف، فيرغبُ صاحبُ العنب فيه لعَلف ناضحه وحمولته. الثاني: أنَّ نوى العنب لا فائدة فيه ولا يجتمع. الثالث: أنَّ الأعنابَ عندكم قليلةٌ جدًّا، والتَّمر فأكثرُ شيءٍ عندكم، فيكثرُ نواهُ، فيشترى به الشيءُ اليسيرُ من العنب، وأمَّا في بلادٍ فيها سلطانُ العنب فلا يشترى بالنَّوى منه شيءٌ ولا قيمة لنوى التَّمرِ فيها. وقلتُ لمن احتجَّ بالحديث: هذا الحديثُ من حُجَج فضل العنب (١)؛ لأنهم كانوا يسمُّونه شجرةَ الكَرْم؛ لكثرة منافعه وخيره، فإنه يؤكلُ رطبًا ويابسًا وحُلوًا وحامضًا، وتجنى (٢) منه أنواعُ الأشربة والحلوى والدِّبْس وغير ذلك، فسمَّوه كَرْمًا لكثرة خيره؛ فأخبرهم النبي ﷺ أنَّ قلبَ المؤمن أحقُّ منه بهذه التَّسمية؛ لكثرة ما أودع الله فيه من الخير والبِرِّ والرَّحمة واللِّين والعدل والإحسان والنُّصح وسائر أنواع البرِّ والخير التي وضعها الله (٣) في قلب المؤمن، فهو أحقُّ بأن يسمَّى كَرْمًا من شجر العنب (٤). ولم يُرِد النبيُّ ﷺ إبطالَ ما في شجر العنب من المنافع والفوائد، وأنَّ
(١) (ن): «من حجج من فضل العنب». (٢) مهملة في (د). وفي (ن): «وتجيء». وهي قراءة محتملة. (٣) (ت، ح): «وصفها الله». (٤) من هنا إلى آخر الفصل ساقطٌ من (ح، ن)، وفي (ن): «بياض في الأصل».

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