Miftāḥ Dār al-SaʿādaIbn al-Qayyim

Signalons (1) ici une subtile observation au sujet de cet air : le son est un effet qui naît (2) du heurt des corps (3) ; il n’est pas le heurt lui-même, contrairement à ce que certains ont soutenu. Il découle nécessairement de la friction, du choc d’un corps contre un autre ou de son arrachement ; sa cause est donc soit un coup, soit un arrachement. Le son se produit alors, l’air le porte et le transmet jusqu’aux oreilles des hommes, qui s’en trouvent avantagés dans leurs besoins et leurs échanges, de jour comme de nuit, tandis que de grands vacarmes résultent de leurs divers mouvements.

Si l’empreinte de ces mouvements et de ces sons demeurait dans l’air comme l’écriture subsiste sur une feuille, le monde en serait saturé ; le préjudice en deviendrait immense, les désagréments seraient considérables, et les gens devraient l’effacer de l’air et le remplacer, davantage encore qu’ils ne remplacent une page déjà couverte d’écriture (4), car la quantité de paroles projetées dans l’air dépasse de beaucoup ce que l’on dépose sur les feuillets (5).

La sagesse du Puissant, du Sage, a donc voulu que cet air fût un parchemin invisible (6) : il ne retient la parole que le temps nécessaire pour qu’elle atteigne son but, puis, avec la permission de son Seigneur, elle s’efface ; il redevient ainsi neuf, limpide, exempt de toute trace (7), prêt à recevoir, à chaque instant, ce qu’on y déposera.

(1) Les manuscrits N et H lisent «wa tanabbah» (sois attentif), avec cette vocalisation. (2) H et N portent «muhdath». (3) R et Ḍ lisent «athar yuʾathiruhu isṭikāku al-ajsām» (trace provoquée par le frottement des corps). (4) T : «bi-l-kitāb alladhī mamlūʾun mina al-kitāba» (au moyen du livre rempli d’écriture). (5) H : «yūdaʿu fī al-qirṭās» (déposé dans le parchemin) ; N et T : «yūdaʿu al-qirṭās» (dépose le parchemin). (6) Q et T : «khafīfan» (léger) ; Ḍ, H, N, R, D : «khafiyyan» (imperceptible). La marge du manuscrit D corrige en «khafīfan», mais l’adjectif «khafiyyan» paraît mieux convenir au contexte. (7) N : «lā athara fīh» (n’y laisse aucune trace).
ونُنبِّه (١) للطيفةٍ في هذا الهواء؛ وهي أنَّ الصَّوتَ أثرٌ يحدثُ (٢) عن اصطكاك الأجرام (٣)، وليس نفسَ الاصطكاك كما قال ذلك من قاله. ولكنَّه مُوجَبٌ للاصطكاك وقَرْع الجسم للجسم أو قَلْعِه عنه؛ فسببُه قرعٌ أو قلع، فيحدثُ الصَّوت، فيحملُه الهواءُ ويؤدِّيه إلى مسامع الناس، فينتفعون به في حوائجهم ومعاملاتهم بالليل والنَّهار، وتحدثُ الأصواتُ العظيمةُ من حركاتهم. فلو كان أثرُ هذه الحركات والأصوات يبقى في الهواء كما يبقى الكتابُ في القرطاس لامتلأ العالمُ منه، ولعَظُمَ الضررُ به واشتدَّت مُؤنتُه، واحتاج النَّاسُ إلى مَحْوِه من الهواء، والاستبدال به، أعظمَ من حاجتهم إلى الاستبدال بالكتاب المملوء كتابةً (٤)؛ فإنَّ ما يُلقى من الكلام في الهواء أضعافُ ما تُودَعُه القراطيس (٥). فاقتضت حكمةُ العزيز الحكيم أنْ جَعَل هذا الهواءَ قرطاسًا خفيًّا (٦)، يحمِلُ الكلامَ بقَدْر ما يبلغُ الحاجةَ ثمَّ يُمْحى بإذن ربِّه، فيعودُ جديدًا نقيًّا لا شيء فيه (٧)، فيَحْمِلُ ما حمِّل كلَّ وقت.
(١) (ن، ح): «وتنبَّهْ»، هكذا مضبوطة. (٢) (ح، ن): «محدث». (٣) (ر، ض): «أثر يؤثره اصطكاك الأجسام». (٤) (ت): «بالكتاب الذي مملوء من الكتابة». (٥) (ح): «يودع في القرطاس». (ن، ت): «يودع القرطاس». (٦) (ق، ت): «خفيفا». (ض، ح، ن، ر، د): «خفيا»، وأصلحت في طرة (د) إلى «خفيفا». والوصف هنا بالخفاء أشبه. (٧) (ن): «لا أثر فيه».

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