Signalons (1) ici une subtile observation au sujet de cet air : le son est un effet qui naît (2) du heurt des corps (3) ; il n’est pas le heurt lui-même, contrairement à ce que certains ont soutenu. Il découle nécessairement de la friction, du choc d’un corps contre un autre ou de son arrachement ; sa cause est donc soit un coup, soit un arrachement. Le son se produit alors, l’air le porte et le transmet jusqu’aux oreilles des hommes, qui s’en trouvent avantagés dans leurs besoins et leurs échanges, de jour comme de nuit, tandis que de grands vacarmes résultent de leurs divers mouvements.
Si l’empreinte de ces mouvements et de ces sons demeurait dans l’air comme l’écriture subsiste sur une feuille, le monde en serait saturé ; le préjudice en deviendrait immense, les désagréments seraient considérables, et les gens devraient l’effacer de l’air et le remplacer, davantage encore qu’ils ne remplacent une page déjà couverte d’écriture (4), car la quantité de paroles projetées dans l’air dépasse de beaucoup ce que l’on dépose sur les feuillets (5).
La sagesse du Puissant, du Sage, a donc voulu que cet air fût un parchemin invisible (6) : il ne retient la parole que le temps nécessaire pour qu’elle atteigne son but, puis, avec la permission de son Seigneur, elle s’efface ; il redevient ainsi neuf, limpide, exempt de toute trace (7), prêt à recevoir, à chaque instant, ce qu’on y déposera.