la remémoration, car c’est elle que visent la réflexion et la raison.
Réfléchis donc à cela comme il se doit.
Si tu demandes : « Quelle différence y a-t-il entre la remémoration et la réflexion ? » – dès que cette différence sera éclaircie, l’utilité du propos apparaîtra.
Je réponds : la réflexion et la remémoration sont la source même de la guidée et de la droiture ; elles forment les deux pôles du bonheur. C’est pourquoi nous avons longuement traité de la réflexion sous cet aspect, tant l’intérêt en est grand et le besoin pressant.
Al-Ḥasan a dit : « Les gens de science n’ont cessé de renforcer la réflexion par la remémoration, puis la remémoration par la réflexion, faisant parler les cœurs jusqu’à ce qu’ils se mettent à entendre et à voir. » (1)
Sache donc que la réflexion consiste, pour le cœur, à rechercher un savoir qu’il ne possède pas encore à partir d’un savoir qu’il possède déjà : telle en est la véritable nature. Car, s’il n’existait pas de matériaux (2) servant (3) de point d’appui à la réflexion, celle-ci serait impossible ; réfléchir sans objet sur lequel porter son attention est inconcevable. Or ces matériaux sont les connaissances déjà acquises ; et si l’objet de la recherche se trouvait déjà en sa possession, l’homme ne réfléchirait pas à son sujet.
Une fois cela compris, celui qui réfléchit passe des prémisses et des principes qu’il détient aux conclusions qu’il souhaite atteindre ; lorsqu’il y parvient et qu’elles lui sont assurées, il s’en souvient, discerne alors les domaines de l’action et de l’abstention, ce qu’il convient de préférer et ce qu’il convient d’éviter. La remémoration est donc le but et le fruit de la réflexion ; et, lorsqu’il se remémore, il revient, grâce à cette remémoration, sur sa réflexion et en tire ce qui n’était pas encore acquis