elle atteigne la terre, goutte après goutte ; chaque goutte a été destinée à une parcelle précise du sol qu’elle n’ira pas arroser ailleurs. Et si toutes les créatures s’assemblaient pour créer ne serait-ce qu’une seule de ces gouttes, ou pour en compter le nombre total en un seul instant, elles en seraient bien incapables.
Réfléchis donc à la manière dont, exalté soit-Il, Il la conduit comme subsistance pour les serviteurs, les bêtes, les oiseaux, les insectes et les fourmis ; Il la destine à tel animal, dans telle contrée, au pied de telle montagne, si bien qu’elle lui parvient, au plus fort de sa soif et de son besoin, à l’heure précise voulue.
Puis songe à la façon dont Il l’a déposée dans la terre (1), avant d’en faire sortir toutes sortes d’aliments, de remèdes et de provisions : telle plante nourrit, telle autre corrige la digestion, celle-ci facilite l’évacuation, celle-là fortifie (2), telle affaiblit, l’une est un poison mortel, l’autre un antidote ; l’une rend malade, l’autre guérit ; celle-ci rafraîchit, celle-là réchauffe ; telle, arrivée dans l’estomac, refoule la bile depuis les profondeurs des veines, telle autre, une fois là, engendre la bile et se transforme en elle ; l’une repousse le flegme et la mélancolie, l’autre se transforme en ces humeurs ; celle-ci excite le sang, celle-là l’apaise ; l’une fait dormir, l’autre empêche le sommeil ; l’une réjouit, l’autre apporte la tristesse. Et ce ne sont là qu’un échantillon des merveilles du règne végétal : il n’est guère de feuille, de tige ou de fruit dépourvu de bienfaits que l’intelligence humaine ne saurait recenser ni détailler entièrement.
Contemple encore le parcours de l’eau dans ces veinules si fines, minuscules et fragiles, que l’œil ne distingue qu’après une observation soutenue ; vois avec quelle puissance elle s’y fraie un passage et