Puis ils se soumirent eux-mêmes une question et dirent : « Si l’on objecte : comment un seul organe, avec ses diverses compositions, pourrait-il alimenter plusieurs sens distincts, alors que la “substance” propre à chaque sens diffère et que la force de l’un n’est pas celle de l’autre ? »
Ils répondirent : toutes les veines du corps, sans exception, sont reliées au cœur, soit directement, soit par l’intermédiaire d’autres conduits ; il n’est pas une veine ni un membre qui ne soit lié de près ou de loin au cœur.
Ils poursuivirent : du cœur se répand, à travers ces veines et ces canaux, vers chaque organe ce qui lui convient et lui ressemble ; il émane ainsi vers les deux yeux ce qui constitue le sens (1) de la vue, vers les deux oreilles ce par quoi les sons sont perçus, vers la chair ce qui fonde le sens du toucher, vers le nez ce qui engendre le sens de l’odorat, vers la langue ce qui produit le sens du goût, et vers toute faculté ce qui entretient et conserve sa vigueur. Le cœur est donc le pourvoyeur de ces membres, de ces sens et de ces forces ; c’est pourquoi l’avis correct est qu’il est le premier des organes à se former (2).
Ils ajoutèrent : il ne fait aucun doute que la source de la puissance rationnelle part également de lui, même si d’autres ont prétendu que l’intellect se trouve dans la tête. L’opinion juste est que son origine et son jaillissement proviennent du cœur, tandis que ses ramifications et ses fruits apparaissent dans la tête. Le Coran l’indique lorsqu’il dit : « N’ont-ils donc pas parcouru la terre de sorte qu’ils aient des cœurs avec lesquels raisonner ou des oreilles avec lesquelles entendre ? » [al-Hajj : 46], et encore : « Il y a certes en cela un rappel pour quiconque possède un cœur » [Qâf : 37]. Ici, par « cœur » il ne faut pas entendre la masse de chair commune aux animaux, mais bien l’intellect et le noyau intime (lubb) qui y résident.